Madeleine de Proust, ligne 14

Qu’il fait bon vivre dans 2 mètres carrés. La quatuor du métro où l’on s’installe confortablement, plus proches les uns des autres, plus proches que ta propre femme, collés, oui c’est ça la fraternité capitalistique du XXIème siècle. En face, d’un côté, une jeune fille brune à lunettes écaillées format arrondi, travaillant avec acharnement sur des mots croisés, de l’autre, un monsieur chauve à la barbe poivre et sel, étudiant un pavé passionnant sur Linux (système d’exploitation). Assise à ma droite, une dame noire, manteau cuir à embouts de (fausse) fourrure, lit scrupuleusement les dernières actualités de 20 minutes. Tout le monde vaque à ses (pré)occupations pour éviter le souvenir de notre inconfort et diluer un peu plus l’arrivée de cette nouvelle journée qui commence.

Debout, une autre jeune femme, qui blablate au téléphone. Phénomène incongru au vu du vacarme monstrueux du wagon métropolitain. Elle trouve une place. Sa journée ne sera pas si merdique que ça. Un ado debout, l’air dépité, sac-à-dos Eastpak, le regard dans le vide, chemise à carreaux, tête baissée, s’en va. Un monsieur collé au strapontin, carrure forte, crâne dégarni, porte un manteau digne de la prochaine expédition polaire, marque Bermudes. Tout un programme.

Collé au mur, la RATP tente de nous parler poésie

Sur le rayon de
La bibliothèque, je
Range le soleil.

A côté et sous cet encart, deux publicités : Price Minister et Wall Street English.

Se pourrait-il que dans ce petit lieu bondé, un interstice de poésie fasse jaillir la lumière ? Imaginons qu’ici, ici même, nous sommes au centre du monde, au coeur de l’univers, voie lactée parmi les latte, triangle des bermudes où les âmes vont se perdre à tout jamais pour se repentir de leurs péchés, pauvres mortels. Paradis perdu. Ici-même, à ma place, se trouvait le siège des plus grands rois, des plus grands conquérants, des plus grands hommes. Entourés de leurs sujets les plus loyaux et braves.

Madeleine de Proust, ligne 14. Terminus.

La magie s’estompe. Les gens bougent, se réveillent de leur torpeur matinale. Un homme à casquette a remplacé la femme noire à fourrure.

Encore un peu de temps, SVP, juste un peu de poésie. Il me reste trois stations. Je dois revenir du monde des rêves et des albatros pour être au milieu des hommes. Quelques secondes, pas plus. Plus de souffle, plus de folie. Retour à la réalité. La vie reprend ses droits.

Moment de grâce.

Moment de grâce.

Les spectres de la grandeur

Grandeur de la petitesse

Grandeur de la petitesse

Nous, les européistes, nous, les humanistes, nous aurions délaissé le decorum républicain, laissé les ornements gaullistes de la « grandeur nationale » aux partis d’extrême droite, le Rassemblement Bleu Marine. Les frontistes ou marinistes, nous parlons bien de la même chose, s’emparent du baroque et des luxuriances de la Vème République, pire de l’héritage national, mais aucune réaction ne se fait entendre. Car nous sommes d’accord, il n’est point question d’histoire, mais de mémoire collective. Le fameux « souvenez-vous » qui endort le peuple dans une hystérie collective.

Souvenez-vous… Jeanne d’Arc

Souvenez-vous… Napoléon

Souvenez-vous… De Gaulle

Qui s’en rappelle réellement aujourd’hui ? La majorité est morte ou en passe de l’être. Une mémoire collective manipulée très habilement par les extrémistes. Ils manient notre drapeau national, notre homme providentiel – le Général, nos figures légendaires et héroïques – Jeanne d’Arc, pour mieux se les approprier, pour mieux nous déposséder de ce qui fait « liant » (liant culturel, social, sociétal) entre nous, du pourquoi on ne se fout pas sur la gueule. Car le drapeau, les symboles de la République, les mythes de la Nation, sont aussi le ciment de notre cohésion sociale. Les laisser aux mains des extrêmes, ces imposteurs, c’est perdre notre identité (même fabriquée) sous prétexte qu’il est plus simple de fermer les yeux et de voir transfigurer Marine en Jeanne d’Arc, la future pucelle divine.

Nous, les européistes, nous, les humanistes, sommes aussi les fils et dignes héritiers de notre mémoire collective. Au jeu de l’adoration des idoles, soyons les plus forts.

 

La (re)revanche du sphinx

Né dans la merde, il renaît de ses cendres. Le dernier des hommes. Il n’y a plus que lui. Lui et son déambulateur. Lui et sa poche de pipi. Lui, qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Lui, qui n’est plus un homme depuis qu’on lui a coupé les couilles.

Un jour de pluie, il a ce projet fou : ressusciter l’homme. Marre de l’homme mauviette, lavette, asexué. Il faut sauver l’homme, le vrai. Mais comment faire ? Il n’en existe plus des comme ça. L’homme mâle, tombeur, dragouilleur, puissant, sûr de lui, conquérant, à la recherche de la meilleure cuisse down town. Où le trouver ?

Il se rappelle des stars d’une époque révolue. Mac Gyver sauvant le mode avec un élastique, une bouteille de plastique et un instincteur. David Hasselhoff jouant les chevaliers modernes à bord de sa caisse K 2000. L’agence tous risques, Barracuda, Hannibal et son cigare, et le fou d’hélico Looping, les autres figurants oubliés… La mémoire qui flanche.

S’en allant dans le cimetière le plus proche, il creuse les tombes des célébrités disparus. Il trouve les yeux de Rocky (eye of the tiger), les bras de Schwarzy, la tête de Jason Statham, les couilles de Jean-Marie Bigard, le cerveau de DSK (c’est pas une super idée… puisque son cerveau est en bas), la tignasse de James Brown, l’estomac de Depardieu, les jambes d’Usain Bolt, l’humour d’Omar, le charme de George Clooney, l’assurance de Daniel Craig, la classe de Christian Bale.

monsieurpapillon a abusé des acides

monsieurpapillon a abusé des acides

Hahaha son projet fou va pouvoir commencer : ressusciter l’homme d’antan ! Fini la maltraitance quotidienne des femmes amazones, fini les humiliations la queue entre les jambes, il va pouvoir se venger par un monstre de virilité, de brutalité, le mâle dans toute sa puissance.

Il a vu, enfant, Frankenstein Junior, ça ne doit pas être bien compliqué… de créer un homme. Dieu l’a bien fait, lui. Le vieux fou compile et empile les différents membres et fluides des cadavres, et essaye de maintenir le tout avec du scotch (oui c’est très galère). Après des heures de transpiration et de travail, il installe la chose sur un gros fauteuil. Le machin tient à peine assis. Il installe sur la tête de la bête une casserole en inox, puis pousse le mort non vivant sur son balcon.

La nuit est noire, calme, mais tel un signe du destin, le ciel s’assombrit des nuages les plus menaçants, le vent souffle, les tuiles s’envolent, il rit d’un rire diabolique. Le tonnerre gronde, ça y est, des éclairs, il ne manque plus que la foudre divine s’abatte sur son tas de cadavres pour que son rêve se réalise.

Dzhjaevbjkbzhejbvsvbkdvshvhavvsdzj

Trou noir. Le néant. Le monstre a disparu. Pas possible, ça a marché ! Mais où est passé l’immondice du mal ? Il court dans les rues, désespéré mais plein d’espoir, lui devenu dieu, il recherche dans les ruelles malfamées sa création. Quand tout d’un coup… Oui c’est bien lui… Il se rapproche… Il voit…

NNNNNOOOOOONNNNNN!!!!!!!!!!!!

Cette image est interdite aux mineurs.

Cette image est interdite aux mineurs.

Christine Boutin.

Les nouveaux sophistes

Rappelez-vous : nous sommes libres ! FUCK YEAH!!

Rappelez-vous : nous sommes libres ! FUCK YEAH!!

Il cause bien le petit. 26 ans. Déjà une calvitie. Un vieux jeune ou un jeune vieux. Il est rôdé le petit. Déjà un briscard de la politique. 10 ans qu’il écume les marchés pour écouter les malheurs et ragots des vieilles, des vieux, des moins vieux et des moins vieilles, entre les étalages de poissons et légumes. Il n’a pas de métier. Il n’a jamais rien fait de ses deux mains. Il se dit proche du peuple, de ses préoccupations, mais n’a aucune idée du labeur ouvrier, du travail salarié ou paysan. C’est un technocrate… lui par contre n’est pas passé par l’ENA. Rien de glorieux.

Renouvellement des élites ? Quelle drôlerie ! On aurait bien besoin d’intellectuels et de chefs d’entreprise, et au lieu de cela, on a un formidable sophiste. Les mêmes que combattait Socrate en son temps. Rien n’a changé. La roue tourne. Les places et les rôles redistribués. On revient à la case départ sans toucher 20 000 francs. Le drame, c’est le formatage des cadres du parti FN. Policés, propres sur eux comme il faut, ils sont une caricature de la politique. Des VRP de la Marine Nationale. N’essayez pas de débattre avec eux. Les Marine, Philippot et le petit nouveau David Rachline, auront toujours raison. Ils ne cherchent pas la vérité, et le bien commun ils s’en contre-foutent. Ce qui les intéresse, c’est le combat féroce de paroles, combat qu’il faut absolument gagner au détriment de toute conviction et valeur.

Le nouveau FN n’est que la résurgence des ennemis de Socrate. C’est une mauvaise nouvelle pour la démocratie. Ne pas tomber dans leur jeu. S’extraire par le haut, par des idées, par un programme, une vision, par du courage politique, reste l’unique manière de lutter et de vaincre ces nouveaux sophistes.

 

Pérégrinations d’un ver solitaire

On serait pas en train de se foutre de ma gueule...

On serait pas en train de se foutre de ma gueule…

Le ver solitaire, c’est moi. Je transpire tranquillement entre un ancien président faisant son come-back et un président actuel faisant son coming-out « Julie m’a quitté, Valérie revient ! ». Black out, c’est dans l’obscurité que l’on trouve les idées les plus lumineuses.

« Le grand dessein de la République, c’est l’égalité des possibles ».

C’est très beau, une belle tournure, une belle idée, un beau discours. Le communicant de Valls a fait du bon (ou du beau ?) boulot.

L’égalité des possibles… Qu’est-ce que cela signifie ? A défaut d’égalité, on lui soustrait les possibilités. La révolution française a consacré l’égalité des droits. Et puis on s’est rendu compte que ça ne suffisait pas. On a voulu l’Egalité avec un grand « E », mythe du partage et d’un collectif bienheureux. Tous frères, tous pauvres, ça n’a pas marché. Alors les bien-pensants ont inventé l’équité ou égalité des chances : c’est-à-dire l’égalité dans les faits. Personne ne sait vraiment ce que ça veut dire et d’ailleurs personne ne fait vraiment d’équité. On fait de la com’ en intégrant quelques pauvres des ZEP à Science Po. Mais l’école, et pas seulement celle-là, les autres, les grandes, les sélectives, restent la consécration de l’entre-soi, de l’habitus de la classe dominante. Pire, les tenants de l’égalité (ou plutôt égalitarisme) aujourd’hui sont ceux qui défendent leurs privilèges bec et ongles. Pour le bien de tous mon gars ! Alors quand les CGTistes crient au loup, les petites gens, les précaires, les CDD, les intérimaires, les saisonniers, les non-déclarés (au black), les immigrés, EUX, EUX ne sont pas représentés. EUX ne sont pas protégés. EUX n’ont pas de CDI.

Voilà l’égalité aujourd’hui. Celle des Droits de l’Homme avait quand même plus de gueule. Aujourd’hui, on a l’égalité des possibles, car on veut tous, tous sans exception, croire au rêve de réussite. Réussir, malgré un modèle vieillissant, un pays en panne. On veut…, mais c’est une bien belle promesse.

Hollande et contre tout

D’un cynisme candide, monsieurpapillon ne croyait pas aux promesses électorales de Monsieur Hollande, il était néanmoins persuadé que se cachait sous Flanby le réformateur de la France.

Le président de la République n’est pas et n’a jamais été le Che Guevara tant espéré par la gauche de la gauche. D’ailleurs, les « frondeurs » n’ont peut-être jamais vraiment cru à leur doux songe, et ne souhaitaient que par leur irrespectueuse résistance fléchir un tant soit peu la politique du gouvernement.

Alors que la majorité de l’opinion souhaite jeter Hollande aux oubliettes, essayons mes amis de donner une dernière chance à notre cher François.

Procédons par ordre.

La lutte de pouvoirs, qui a lieu à gauche, est d’abord une bataille idéologique et sémantique. L’aile gauche du Parti Socialiste fustige une politique libérale, une cure d’austérité budgétaire, la rigueur… pour des résultats plus que médiocres si l’on se réfère aux chiffres de la croissance et de l’emploi. Mais attention à ne pas confondre corrélation et causalité. La rigueur hollandaise n’est qu’un leurre, elle ne s’est traduite que par une hausse supplémentaire d’impôts dans un pays sacrément taxé à tous les niveaux. Manque un élément crucial : la baisse des dépenses publiques. La dépense publique en 2013 atteint en France 57 % du PIB (44,7 % en Allemagne, 50,6 % en Italie et 44,8 % en Espagne à titre de comparaison). Qu’il est commode de demander aux Français de se serrer la ceinture, de faire encore des efforts, quand « l’Etat » (compris comme l’ensemble des services de l’administration, collectivités locales comprises) ne fait pas preuve d’exemplarité… ou si peu.

Un temps orageux pour notre président…

Et que dire de la politique libérale de François Hollande… c’est une politique de l’offre qui souhaite redonner des marges aux entreprises françaises, qui a la volonté de relancer la compétitivité pour combattre le cancer du chômage. C’est évidemment un discours et une politique à l’opposé d’une campagne présidentielle qui désignait en 2012 la finance comme l’ennemi numéro 1. Mais, et il y a un « mais », on ne peut pas attendre des résultats d’une politique qui vient tout juste d’entrer en application. Voilà pour la défense d’Hollande, mais c’est bien évidemment très insuffisant. Insuffisant, pas parce qu’il convient de faire plus de cadeaux fiscaux aux entreprises, mais insuffisant car (on y revient) « l’Etat » dans sa globalité doit se restructurer, se moderniser, faire preuve d’efficacité. On peut regretter amèrement l’absence d’originalité dans les réponses apportées par le gouvernement pour dynamiser l’économie. C’est d’autant plus regrettable que les rapports et notes des Gallois et Attali se succèdent sur les bureaux des ministres pour en appeler à une France moins rigide, débarrassée de ses lourdeurs moyenâgeuses (le notariat, le quota de taxis, le code exponentiel du travail…). Une France libérale en sorte. Libéral pour liberté, ce n’est pas un gros mot.

Alors voilà, si Hollande a tenu plusieurs de ses engagements sociétaux, malgré les contestations de la rue, comme le mariage gay, il doit maintenant tenir le nouveau cap économique fixé quitte à faire grincer des dents l’aile gauche du PS. C’est politiquement risqué, peut-être même suicidaire, et peut-être l’affirmation (enfin) d’une gauche de gouvernement débarrassée de ses démons trotskystes et démagogiques. La guerre à gauche ne fait que commencer, s’engage une bataille des deux roses plus féroce que jamais. Le président ne manque pas de courage politique (c’est nouveau tiens !), et il lui en faudra encore beaucoup pour devenir le réformateur du PS et de la France.

Pas mal pour un Flanby.

L’État, c’est les autres.

3 heures du matin. Heure rêvée pour parler politique avec les insomniaques, zombies et autres créatures de la nuit type Christine Boutin. Au cours d’une discussion rosé – politique – grillades – une expression est revenue dans la bouche d’un des assaillants : « c’est à l’État de faire ci et ça… », comme j’entends de nombreuses fois également « je paye mes impôts donc je laisse l’État s’en occuper ». Dans notre pure tradition française et jacobine, nous avons tendance à parler beaucoup d’État en termes positifs et négatifs, en demandant plus d’État ou moins d’État. Mais au fait l’État, c’est qui ?

L’État en grâce

Par les conversations ici ou là, j’ai pu comprendre que par l’État, on se référait par exemple à la classe politique au pouvoir : le président, le gouvernement, la majorité parlementaire – et plus globalement aux responsables politiques. Dans ce sens, rejeter la responsabilité sur l’État reviendrait à critiquer les hommes politiques. Classique. Rien de nouveau. Sauf quand on connaît la décrépitude des relations et manque de confiance des Français envers ces mêmes hommes politiques, on se demande parfois : mais pourquoi appeler de nos voeux leur action quand c’est justement leur inaction qui les caractérise si souvent. Pour aller plus loin dans l’analyse, je pourrai ajouter que l’État fonctionne à la manière d’une hyper-notion, comprendre expression bâtarde regroupant des réalités assez éloignées sous une même notion « l’État ». Donc l’État, c’est pour faire court ceux qui nous gouvernent, et ceux qui nous gouvernent sont drôlement nombreux : il y a la classe politique certes, mais aussi l’élite administrative (l’ENA notamment et voyez comment les énarques sont mal jugés par les citoyens) et toute la bureaucratie formée des fonctionnaires à tous les échelons territoriaux (national, régional, départemental, communal). Bref le monde entier nous encadre dans notre quotidien. J’ai fini par saisir que sous cette apparente réalité que cachait « État », il y avait surtout tout ce qui ne relevait pas de ma responsabilité. L’État, c’est les autres, et les autres pour plagier l’un c’est l’enfer…

Donc énorme paradoxe, les Français en veulent à l’État, cette réalité difforme et confuse de ne pas régler tous les maux dans notre beau pays, tout en voulant pour beaucoup se débarrasser d’une bureaucratie étouffante. Que voulez-vous bon sang ? L’État est en fait un prétexte bien commode pour ne pas se saisir des réalités et surtout attendre qu’un autre résolve nos difficultés. L’État est bien « le plus froid de tous les monstres froids » comme dirait Nietzsche, mais parce qu’il ne renvoie à rien, et à surtout esquiver nos propres responsabilités. Nous le savons désormais, il n’y aura pas un nouvel homme providentiel pour venir nous sauver, il faut arrêter de croire au Père Noël. C’est bien de nous qu’il s’agit quand on parle d’État. L’État, ce sont nos milliers de fonctionnaires payés par nos impôts, et donc quand je parle d’État, je devrais m’inclure dans celui-ci. Trop simple de s’en défaire comme si les problèmes ne me concernaient pas.

Libéral, je pense que « l’État » est très présent voire trop en France. Mais l’heure n’est pas aux dogmes. L’État c’est mon problème et c’est aussi ton problème. Adam Smith veut nous faire croire que la poursuite de nos intérêts égoïstes permettrait le bien commun. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais une chose est sûre : la poursuite individuelle (c’est à dire à notre échelle) de solidarité, d’écologie, d’éthique…, ne peut pas nous faire du mal. Et si, tout simplement, l’État était l’addition de nos aventures individuelles pour mieux vivre ensemble ?

Le Léviathan - Thomas Hobbes (1651)

Le Léviathan – Thomas Hobbes (1651)

L’homme est une femme comme les autres

Presque une heure du matin, monsieurpapillon ne dort pas, il est en vacances, trop de vacances, trop reposé. Alors mon esprit se dit : ça serait pas mal que t’écrives quelque chose sur ton blog. Ah oui c’est vrai, mon blog. Puis je repense à une phrase lue dans ELLE datée du 4 juillet 2014. Mais tu lis elle, toi ? Bah euh, c’est à dire que… C’est pas le sujet. Le sujet est que ces derniers temps, je vois des filles poster des photos pour dire qu’elles sont contre ou pour le féminisme. Je me suis dit que monsieurpapillon devrait participer au débat. C’est vrai quoi, je lis ELLE aussi. Comme à son habitude, son billet sera mal préparé, approximatif, parfois faux, de mauvaise foi, pour au final n’intéresser personne et faire preuve d’un peu de misogynie. Je vais tenter encore une fois de réunir tous ces défauts dans un seul billet !

Alors tout d’abord, je vais délaisser le fond, car on s’en fout. Ce qui nous intéresse est le superficiel. Le féminisme sauve le monde, blablabla, par contre l’anti-féminisme, même moi je n’aurais pas pu inventer une telle connerie. J’ai donc lu dans ELLE que « les hommes sont devenus des femmes comme les autres ». Rambo se retourne dans sa tombe. Où est passée la testostérone ? Mais ça, j’ai déjà expliqué au cours d’autres billets que nous sommes devenus des chatons castrés dans un monde de tigresses. Donc la vraie question est pourquoi ELLE dit une chose pareille ? ELLE est bien l’archétype du magazine féminin balançant des stéréotypes à la chaîne (mais le mec est un expert du ELLE, t’as vu ? ta gueule toi) entre les photos mode, les conseils beauté, cunni et tout et tout. Vous le savez aussi les mecs, car vous lisez également les magazines de vos copines. Si, Si. Première FAUSSE intuition, ELLE veut faire genre d’être moderne et puis te parle d’égalité homme / femme, et là la lectrice est contente. On est égaux, c’est beau, sauf dans les faits, mais ça on en parle pas trop (ou que dans les reportages en Afrique pour se donner bonne conscience).

Puis monsieurpapillon a commencé à réfléchir (c’est rare !), et en fait, on a tout faux. On se fait entuber. Je m’explique. Cette phrase « les hommes sont devenus des femmes comme les autres » ne doit pas être comprise dans un élan de féminisme et de progrès humaniste. ELLE s’en carre. Si ELLE dit ça, c’est parce que dans un monde en pleine crise où on a déjà tout vendu aux femmes, ça serait pas con de vendre des crèmes, des séances d’épilation, d’aérobics, des sacs à main, et autres biens et services aux hommes. ELLE est loin d’être con… cette idée. Donc suivez ma logique, si l’homme est une femme comme les autres, c’est parce que c’est avant tout un consommateur. Au pays du tout doit disparaître, la valeur consommation passe avant l’égalité.

"You see, we are ladies, and we like doing ladies stuff"

« You see, we are ladies, and we like doing ladies stuff »

Les éléments de langage élyséens et la leçon de communication du MEDEF

Pierre Gattaz, patron des patrons, vient jeter un trouble en Hollandie, royaume adepte de la méthode Coué. Mais avant, revenons sur cette expression : « éléments de langage ».

Une fois n’est pas coutume, je sais de quoi je parle. Les « éléments de langage » recoupent plusieurs réalités, ils sont utilisés aussi bien par les services communication des grandes entreprises, les institutions publiques que par les hommes politiques eux-mêmes. Ils sont, comme leur nom l’indique, des outils destinés au langage. On entend par « langage » aussi bien la parole que l’écrit, tout ce qui forme un discours. Pour faire court, l’être humain dit pas mal de conneries à longueur de journée. Et dans une société ultra-médiatisée comme la nôtre, la simple bourde, maladresse, se retrouve sur les réseaux sociaux, puis dans la presse, et vous êtes foutus. La difficulté pour tout homme ayant un rôle « public », entendu comme au contact d’autres parties prenantes, est de maîtriser ce qu’il dit. Cette maîtrise, contrairement à ce que certains peuvent penser, n’a rien de naturel. Les dirigeants des grandes entreprises, comme les hommes politiques, sont entraînés par des spécialistes de la communication à répondre aux questions des journalistes par les séances de média-training. Mais cet apprentissage ne s’arrête pas à la formulation de réponses courtes et incisives (vous remarquerez pourtant combien nos hommes politiques « noient le poisson » par des réponses affreusement longues), il est complété par la rédaction de messages clés, nos fameux « éléments de langage ».

Sous son air débonnaire se cache un redoutable communicant

Sous son air débonnaire se cache un redoutable communicant

Alors me direz-vous, mais pourquoi ne pas parler simplement ? Les « éléments de langage » permettent aux hommes politiques de « faire passer leur message ». Car il n’est pas toujours évident en quelques secondes, lorsque l’on rencontre une personne dans l’ascenseur, ou sur un plateau de télévision, de faire passer une idée. Il y a dans l’élaboration et la rédaction des « éléments de langage » une bataille d’idées. C’est leur fonction proactive. Sans mentionner leur fonction défensive lors d’une crise. Un directeur général devra par exemple répondre à une question difficile concernant le suicide d’un salarié, le défaut de fabrication d’un produit, un accident dans une usine, etc. Il est de son devoir de « protéger » les intérêts de son entreprise, et pour cela il doit être préparé. C’est d’autant plus important que se cache souvent derrière les formules toutes faites « nous ne commentons pas ceci ou cela » un pendant judiciaire. Soit la personne n’a pas le droit de donner plus de détails, soit il ne le veut pas. Dans tous les cas, il ne veut pas de « procès au cul ».

Gattaz réveillera-t-il la Hollandie ?

Pourquoi cette énorme digression avant d’aborder l’actualité du président du MEDEF, Pierre Gattaz ? Dans l’interview donnée au Figaro (daté du lundi 21 juillet 2014), l’homme paraît faire preuve de peu de prudence et utiliser un « franc-parler ». C’est d’ailleurs le titre « franc-parler » de l’éditorial du Figaro. Le patron du MEDEF réveillera-t-il Hollande ? souligne l’édito. La Une de journal renforce l’effet en mettant en exergue la citation de Monsieur Gattaz : « La situation économique de la France est catastrophique ». CATASTROPHIQUE, voilà un mot qui fait mal. La France serait […] « proche de la mise en liquidation ». « Arrêtons d’emmerder les entreprises ! ». « Non, la croissance n’est pas là ! ». Ses propos paraissent selon l’éditorialiste « sincères » contre un chef de l’Etat qui « préfère jouer les prophètes du bonheur ». Expression très réussie en passant. Il faut comprendre tout d’abord que les formules chocs de Pierre Gattaz sont des « coups de gueule » très travaillés. Grâce à elles, le message est passé : il faut faire plus, aller plus loin qu’une simple baisse des charges des entreprises, pour relancer la croissance, la compétitivité et l’emploi.

Et là, voici la leçon numéro 2 en communication : au-delà du langage, il y a la « posture ». Dans l’Opinion (daté du mercredi 23 juillet 2014), un nouveau quotidien hebdomadaire libéral, le journaliste souligne le mécontentement de François Hollande et ses lunettes roses :

Quel toupet ce Pierre Gattaz. […] Il ne connaît pas, ce petit patron, la force des mots, la puissance des rêves : il ne sait pas que mentir un peu suffirait pour déclencher la reprise des embauches et des investissements. Oui vraiment, le patron du MEDEF a un « problème de langage ».

Pin’s contre président

Belle diatribe contre François Hollande qui joue les incantateurs de la croissance. Si Pierre Gattaz a un « problème de langage », c’est parce qu’il met à mal les « éléments de langage » si bien préparés par notre président et ses conseillers. Le patron des patrons feint un langage « brut », un peu à la Sarkozy, pour mieux se faire entendre. Il prend la posture qu’« on » (les chefs d’entreprise, les libéraux, une certaine droite…) attend de lui en tant que président du MEDEF. Ce qu’il dit au fond a presque assez peu (ou moins) d’importance, ce qui compte c’est la manière. Il se pose en défenseur de l’entreprenariat, du libéralisme, contre un président, qui rappelons-le quand même, étiqueté sous l’appellation « socialiste ». Cette méthode a déjà fonctionné, car la simple menace de sa non-présence à la grande conférence sociale des 7 et 8 juillet lui a donné satisfaction sur le report partiel d’un an du compte de pénibilité. En faisant cela, il se protège également d’un président de la République au plus bas dans les sondages. Pierre Gattaz est « pour » le Pacte de Compétitivité, mais ne veut pas être entraîné dans l’abîme sondagière des socialistes. Faut pas déconner ! En plus, le pauvre bougre porte un pin’s « un million d’emplois » (bah ouais quand même, grosse promesse…). Personne ne lui a dit dans son staff de pubards à Monsieur Gattaz que les pin’s c’est complètement ringard ?

Allez bonnes vacances et à plus !

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Les haineux

Des voyous se baladant avec des matraques, des battes de baseball, cherchant à en découdre, des incendies de voiture, des vitres cassées, des magasins saccagés, des synagogues attaquées, les forces de l’ordre malmenées. Vous n’êtes pas en Palestine, vous êtes en plein cœur de Paris ou dans la banlieue francilienne, rue des Rosiers, Barbès, Sarcelles, accueillent l’espace d’un instant l’explosion de violences. Le prétexte : le conflit israélo-palestinien. Prétexte numéro 2 : l’interdiction de certaines manifestations pro-palestiniennes. Commode en effet.

Scène de guerre à Barbès

Scène de guerre à Barbès

L’autorité de l’Etat bafouée, les prises de décision des préfectures de police ridiculisées. Il est trop simple de se cacher derrière une guerre que la majorité des casseurs ne comprenne même pas. Je n’écris pas ici pour dénoncer une guerre complexe où toutes les parties prenantes sont fautives, je n’écris pas non plus pour décrier les décisions du Ministère de l’Intérieur. Parler d’importation du conflit israélo-palestinien en France me fait bien marrer. Il y a dans les manifestants pro-palestiniens une majorité qui souhaite réellement la paix, qui dénonce les bombardements continus faisant jour après jour des morts et des blessés parmi la population civile, et qui ne soutienne pas le Hamas. Le problème est complexe, la solution est loin d’être trouvée, d’ailleurs il semble que les décideurs en Israël et en Palestine ne souhaitent pas réellement la paix. Mais qui suis-je pour juger, moi vivant à l’abri des tirs de roquette et des mitrailleuses lourdes. Par contre, je suis légitime pour taper du poing quand je vois des compratiotes transformer notre espace public en théâtre de guérilla urbaine. Rien ne justifie cela.

Entre guérilla urbaine et stupidité

De l’huile sur le feu. Voilà ce que ces « gens » souhaitent. Ils n’en ont que faire des Palestiniens, ils ne savent même pas où se trouve la Palestine. Ils n’en ont que faire des morts parmi les civils, ne comprennent rien au conflit. Ils sont là pour semer le bordel, la zizanie. En quoi détruire tout ce qui bouge changera la donne à des milliers de kilomètres d’ici. Rien. Ils ne sont là que pour UNE SEULE CHOSE, ils ne sont réunis que pour UNE SEULE CHOSE. La haine de l’autre. Une haine viscérale. La haine des juifs. Un antisémitisme violent et exacerbé par ce conflit. Ils ont ENFIN un prétexte. Ils peuvent se lâcher, mettre à mal tous les efforts des associations, des organisations humanitaires qui luttent pour la paix. C’est cette frange à laquelle il faut s’attaquer. Pour eux, il est trop tard. Ils sont haineux. Dans les écoles, derniers refuges de la République, se trouvent la solution. Combattre les préjugés, expliquer le vivre-ensemble, célébrer les différences, de beaux discours mais dans les actes, des profs seuls et désemparés.

Car la haine est telle un virus, un germe, une fois propagée dans les esprits, une fois enracinée dans les âmes, grandit inexorablement et détruit tout sur son passage. À nous de trouver les moyens de faire taire les haineux et empêcher une nouvelle génération haineuse.

Pour aller plus loin :
– Scènes de guerre à Paris (BFMTV)
– Vous savez où c’est la Palestine ? (Rue89)
– L’importation du conflit israélo-palestinien en France ? (Rue89)
– Manifs pro-Gaza en France: les erreurs des médias (L’Express)