Les éléments de langage élyséens et la leçon de communication du MEDEF

Pierre Gattaz, patron des patrons, vient jeter un trouble en Hollandie, royaume adepte de la méthode Coué. Mais avant, revenons sur cette expression : « éléments de langage ».

Une fois n’est pas coutume, je sais de quoi je parle. Les « éléments de langage » recoupent plusieurs réalités, ils sont utilisés aussi bien par les services communication des grandes entreprises, les institutions publiques que par les hommes politiques eux-mêmes. Ils sont, comme leur nom l’indique, des outils destinés au langage. On entend par « langage » aussi bien la parole que l’écrit, tout ce qui forme un discours. Pour faire court, l’être humain dit pas mal de conneries à longueur de journée. Et dans une société ultra-médiatisée comme la nôtre, la simple bourde, maladresse, se retrouve sur les réseaux sociaux, puis dans la presse, et vous êtes foutus. La difficulté pour tout homme ayant un rôle « public », entendu comme au contact d’autres parties prenantes, est de maîtriser ce qu’il dit. Cette maîtrise, contrairement à ce que certains peuvent penser, n’a rien de naturel. Les dirigeants des grandes entreprises, comme les hommes politiques, sont entraînés par des spécialistes de la communication à répondre aux questions des journalistes par les séances de média-training. Mais cet apprentissage ne s’arrête pas à la formulation de réponses courtes et incisives (vous remarquerez pourtant combien nos hommes politiques « noient le poisson » par des réponses affreusement longues), il est complété par la rédaction de messages clés, nos fameux « éléments de langage ».

Sous son air débonnaire se cache un redoutable communicant

Sous son air débonnaire se cache un redoutable communicant

Alors me direz-vous, mais pourquoi ne pas parler simplement ? Les « éléments de langage » permettent aux hommes politiques de « faire passer leur message ». Car il n’est pas toujours évident en quelques secondes, lorsque l’on rencontre une personne dans l’ascenseur, ou sur un plateau de télévision, de faire passer une idée. Il y a dans l’élaboration et la rédaction des « éléments de langage » une bataille d’idées. C’est leur fonction proactive. Sans mentionner leur fonction défensive lors d’une crise. Un directeur général devra par exemple répondre à une question difficile concernant le suicide d’un salarié, le défaut de fabrication d’un produit, un accident dans une usine, etc. Il est de son devoir de « protéger » les intérêts de son entreprise, et pour cela il doit être préparé. C’est d’autant plus important que se cache souvent derrière les formules toutes faites « nous ne commentons pas ceci ou cela » un pendant judiciaire. Soit la personne n’a pas le droit de donner plus de détails, soit il ne le veut pas. Dans tous les cas, il ne veut pas de « procès au cul ».

Gattaz réveillera-t-il la Hollandie ?

Pourquoi cette énorme digression avant d’aborder l’actualité du président du MEDEF, Pierre Gattaz ? Dans l’interview donnée au Figaro (daté du lundi 21 juillet 2014), l’homme paraît faire preuve de peu de prudence et utiliser un « franc-parler ». C’est d’ailleurs le titre « franc-parler » de l’éditorial du Figaro. Le patron du MEDEF réveillera-t-il Hollande ? souligne l’édito. La Une de journal renforce l’effet en mettant en exergue la citation de Monsieur Gattaz : « La situation économique de la France est catastrophique ». CATASTROPHIQUE, voilà un mot qui fait mal. La France serait […] « proche de la mise en liquidation ». « Arrêtons d’emmerder les entreprises ! ». « Non, la croissance n’est pas là ! ». Ses propos paraissent selon l’éditorialiste « sincères » contre un chef de l’Etat qui « préfère jouer les prophètes du bonheur ». Expression très réussie en passant. Il faut comprendre tout d’abord que les formules chocs de Pierre Gattaz sont des « coups de gueule » très travaillés. Grâce à elles, le message est passé : il faut faire plus, aller plus loin qu’une simple baisse des charges des entreprises, pour relancer la croissance, la compétitivité et l’emploi.

Et là, voici la leçon numéro 2 en communication : au-delà du langage, il y a la « posture ». Dans l’Opinion (daté du mercredi 23 juillet 2014), un nouveau quotidien hebdomadaire libéral, le journaliste souligne le mécontentement de François Hollande et ses lunettes roses :

Quel toupet ce Pierre Gattaz. […] Il ne connaît pas, ce petit patron, la force des mots, la puissance des rêves : il ne sait pas que mentir un peu suffirait pour déclencher la reprise des embauches et des investissements. Oui vraiment, le patron du MEDEF a un « problème de langage ».

Pin’s contre président

Belle diatribe contre François Hollande qui joue les incantateurs de la croissance. Si Pierre Gattaz a un « problème de langage », c’est parce qu’il met à mal les « éléments de langage » si bien préparés par notre président et ses conseillers. Le patron des patrons feint un langage « brut », un peu à la Sarkozy, pour mieux se faire entendre. Il prend la posture qu’« on » (les chefs d’entreprise, les libéraux, une certaine droite…) attend de lui en tant que président du MEDEF. Ce qu’il dit au fond a presque assez peu (ou moins) d’importance, ce qui compte c’est la manière. Il se pose en défenseur de l’entreprenariat, du libéralisme, contre un président, qui rappelons-le quand même, étiqueté sous l’appellation « socialiste ». Cette méthode a déjà fonctionné, car la simple menace de sa non-présence à la grande conférence sociale des 7 et 8 juillet lui a donné satisfaction sur le report partiel d’un an du compte de pénibilité. En faisant cela, il se protège également d’un président de la République au plus bas dans les sondages. Pierre Gattaz est « pour » le Pacte de Compétitivité, mais ne veut pas être entraîné dans l’abîme sondagière des socialistes. Faut pas déconner ! En plus, le pauvre bougre porte un pin’s « un million d’emplois » (bah ouais quand même, grosse promesse…). Personne ne lui a dit dans son staff de pubards à Monsieur Gattaz que les pin’s c’est complètement ringard ?

Allez bonnes vacances et à plus !

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Mad Men as Mr Men (thepoke.co.uk)

Les haineux

Des voyous se baladant avec des matraques, des battes de baseball, cherchant à en découdre, des incendies de voiture, des vitres cassées, des magasins saccagés, des synagogues attaquées, les forces de l’ordre malmenées. Vous n’êtes pas en Palestine, vous êtes en plein cœur de Paris ou dans la banlieue francilienne, rue des Rosiers, Barbès, Sarcelles, accueillent l’espace d’un instant l’explosion de violences. Le prétexte : le conflit israélo-palestinien. Prétexte numéro 2 : l’interdiction de certaines manifestations pro-palestiniennes. Commode en effet.

Scène de guerre à Barbès

Scène de guerre à Barbès

L’autorité de l’Etat bafouée, les prises de décision des préfectures de police ridiculisées. Il est trop simple de se cacher derrière une guerre que la majorité des casseurs ne comprenne même pas. Je n’écris pas ici pour dénoncer une guerre complexe où toutes les parties prenantes sont fautives, je n’écris pas non plus pour décrier les décisions du Ministère de l’Intérieur. Parler d’importation du conflit israélo-palestinien en France me fait bien marrer. Il y a dans les manifestants pro-palestiniens une majorité qui souhaite réellement la paix, qui dénonce les bombardements continus faisant jour après jour des morts et des blessés parmi la population civile, et qui ne soutienne pas le Hamas. Le problème est complexe, la solution est loin d’être trouvée, d’ailleurs il semble que les décideurs en Israël et en Palestine ne souhaitent pas réellement la paix. Mais qui suis-je pour juger, moi vivant à l’abri des tirs de roquette et des mitrailleuses lourdes. Par contre, je suis légitime pour taper du poing quand je vois des compratiotes transformer notre espace public en théâtre de guérilla urbaine. Rien ne justifie cela.

Entre guérilla urbaine et stupidité

De l’huile sur le feu. Voilà ce que ces « gens » souhaitent. Ils n’en ont que faire des Palestiniens, ils ne savent même pas où se trouve la Palestine. Ils n’en ont que faire des morts parmi les civils, ne comprennent rien au conflit. Ils sont là pour semer le bordel, la zizanie. En quoi détruire tout ce qui bouge changera la donne à des milliers de kilomètres d’ici. Rien. Ils ne sont là que pour UNE SEULE CHOSE, ils ne sont réunis que pour UNE SEULE CHOSE. La haine de l’autre. Une haine viscérale. La haine des juifs. Un antisémitisme violent et exacerbé par ce conflit. Ils ont ENFIN un prétexte. Ils peuvent se lâcher, mettre à mal tous les efforts des associations, des organisations humanitaires qui luttent pour la paix. C’est cette frange à laquelle il faut s’attaquer. Pour eux, il est trop tard. Ils sont haineux. Dans les écoles, derniers refuges de la République, se trouvent la solution. Combattre les préjugés, expliquer le vivre-ensemble, célébrer les différences, de beaux discours mais dans les actes, des profs seuls et désemparés.

Car la haine est telle un virus, un germe, une fois propagée dans les esprits, une fois enracinée dans les âmes, grandit inexorablement et détruit tout sur son passage. À nous de trouver les moyens de faire taire les haineux et empêcher une nouvelle génération haineuse.

Pour aller plus loin :
Scènes de guerre à Paris (BFMTV)
Vous savez où c’est la Palestine ? (Rue89)
L’importation du conflit israélo-palestinien en France ? (Rue89)
Manifs pro-Gaza en France: les erreurs des médias (L’Express)

Jean-François Copé, le Golem et Walt Disney

Il était temps que monsieurpapillon parle un tant soit peu de Bygmalion. Et bah non ! Je n’y comprends rien (et vous non plus peut-être), donc on va essayer de s’extirper de la morosité ambiante. Je vais même aller plus loin en remerciant JFC pour avoir comblé mes lacunes culturelles. Car nous n’arrêtons pas de parler de « Bygmalion », mais personne ne parle de l’homme qui a inspiré ce joli nom d’agence de com’ : le bienheureux dénommé « Pygmalion ».

Elle est trop bonne ma statue... bizarre le mec

Mmmhh elle est trop bonne ma statue… bizarre le mec

Oui, avec un P et non un B. Grande différence. Il ne faut surtout pas s’y tromper. Ça fait moyen dans les dîners mondains. Alors qui est Pygmalion ? Et là, Wikipédia est magique, il nous raconte tout. Pygmalion est un homme bien, un Chypriote tranquille, et sculpteur qui plus est. Il en a marre de voir les femmes du quartier lui casser les pieds, il décide donc de devenir un vieux garçon. Mais comme d’autres ont pu succomber à leur poupée gonflable achetée sur ebay, Pygmalion tombe amoureux de sa sculpture, une statue d’ivoire (Galatée). Comme il est sympa, la déesse Aphrodite change la statue en vraie femme, et les femmes (en chair et en os) en statues d’ivoire. Ouais bon, c’est comme ça dans la mythologie grecque, faut pas chercher. Il est fort quand même cet Ovide. Quel rapport avec Copé ? J’ai pas fini ! Wikipédia nous apprend aussi un peu de socio-psychologie avec l’effet Pygmalion.

En pédagogie, l’effet Pygmalion (parfois nommé effet Rosenthal & Jacobson) est une prophétie autoréalisatrice qui désigne l’influence sur l’évolution scolaire d’un élève d’hypothèses sur les aptitudes de celui-ci. Blablabla

En très gros, si le prof croit en toi, tu auras plus de chances de réussir. À l’inverse, s’il te traite de gros naze pendant ton année scolaire, ça va être plus difficile. C’est l’effet Golem. Golem, d’ailleurs c’est qui ce type ? Encore Wikipédia. Le Golem apparaît dans la tradition hébraïque. Au XVIème siècle, un rabbin, Rabbi Loew, créa une créature d’argile pour défendre la communauté juive des pogroms. Pour lui donner vie, il écriva sur son front EMET (qui signifie vérité en hébreu et est un des noms de Dieu). Sauf que le Golem devient trop balaise, et n’écoute plus le rabbin, alors il lui demande de lacer ses chaussures (malin le rabbin !) et quand le gros machin d’argile se baisse, il lui efface la première lettre sur son front, et le Golem s’effondre. MET signifie mort en hébreu. Vous n’avez rien compris ? Vous n’avez qu’à lire le petit monde du Golem de Joann Sfar qui vous explique tout en bande dessinée.

Le Golem

Le Golem de Joann Sfar

Oui mais quel rapport avec Copé ? Ah oui, c’est vrai… Euh bon la statue grecque, ça vous rappelle pas un certain Pinocchio et le menuisier Geppetto. Vous ne voyez toujours pas le rapport ? Ok je m’explique. Mister Copé fait copain-copain avec une société qui se nomme « Bygmalion » avec un « B ». Tel Geppetto ou Pygmalion, il crée un pantin ou plutôt deux : Bastien Millot et Guy Alvès (fondateurs de l’agence). À l’inverse du dessin animé de Walt Disney, on ne sait pas qui ment dans l’histoire, car le nez des figurants ne s’allonge pas. Ce qui donne l’impression bizarre que tout le monde se fout de notre gueule. C’est là qu’interviennent les chercheurs Rosenthal & Jacobson. Copé nous dit que tout va bien, donc on croit que tout va bien, mais en fait c’est du gros bullshit. Bygmalion est un golem obèse qui lui échappe, Copé essaye d’effacer la lettre « E », BOOM Bygmalion est en liquidation judiciaire. La prophétie autoréalisatrice est en marche. Sarko balance à Copé « Putain, je te l’avais dit, ça sentait la merde ton truc », et bah oui c’est le gros bordel.

Et maintenant, vous comprenez pourquoi Copé, le Golem et Walt Disney, c’est la même histoire.

C'est pas bien de nous prendre pour des cons...

C’est pas bien de nous prendre pour des cons…

 

Sommes-nous foutus ?

Mon indéfectible pessimisme serait tenté de dire « oui », tandis que mon indélébile optimisme tenté de penser « oui ». Cherchez l’erreur. Oui oui, nous sommes foutus. Mais pourquoi moi et tant d’autres pensons cela ?

Et là révélation en lisant le Grand Angle de Libé le week-end dernier (genre je suis sympa, Libé me tire de mon ignorance). Un historien – Robert Frank – affirme que le « déclinisme » (désigne la résignation face à un recul inéluctable) est un mal bien français. Dans l’interview sont posées les clés de lecture de sa thèse : la hantise du déclin, la France de 1920 à nos jours. Pour faire court et synthétiser le propos de l’auteur, la France depuis les Lumières et l’Empire napoléonien croit qu’elle a un rôle à jouer sur la scène internationale. Elle est animée par un sentiment de grandeur, d’universalisme, une « certaine idée de la France » comme dirait De Gaulle. Sauf que la France a reçu pas mal de claques dans la tronche depuis. L’historien met en exergue la défaite de 1940 vécue comme un traumatisme sans précédent pour les Français et l’identité nationale depuis (voir l’Etrange Défaite de Marc Bloch). « Plus jamais ça », non pas le « ça » au lendemain de la Grande Guerre de 14-18 pour décrier cette boucherie héroïque, mais un « plus jamais… une telle déroute ».

« La France est passée de l’idée de déclin à celui de décadence »

Il y a peu, je notais un sentiment anti-allemand qui se développait au fur et à mesure des victoires de la Mannschaft à la Coupe du monde de football. La suprématie allemande, même dans le domaine sportif, étant perçue comme insupportable pour les Français. Pourquoi ? Car c’est à la France, selon les Français bien sûr, de jouer ce rôle de guide des peuples, de porter les valeurs universelles de liberté, de démocratie et d’égalité.

Mort d’un milicien, 1936, Robert Capa - photo détournée par #ButcherBilly

Mort d’un milicien, 1936, Robert Capa – photo détournée par #ButcherBilly

C’était mieux avant…

La situation de la France aujourd’hui, ou plutôt la non-situation d’une France inamovible, s’expliquerait par l’incapacité du pays à prendre à bras-le-corps l’avenir. La France est un pays résolument tourné vers son passé, vers l’illusion d’un passé glorieux. Illusion, car la France a toujours joué les seconds rôles depuis deux siècles : les Britanniques nous volant la vedette par l’étendue de leur empire colonial et la précocité de leur révolution industrielle. Ajoutons que l’âge d’or napoléonien n’a rien de romantique, la domination napoléonienne en Europe est brutale et sans pitié. Parmi nos plus grands écrivains, penseurs et poètes, nombreux sont ceux qui ont un sérieux penchant pour la nostalgie : Rousseau, Chateaubriand, Baudelaire… jusqu’à Houellebecq. Alors rien d’étonnant aujourd’hui que nous nous consumons d’amertume pour un temps que n’avons même pas connu.

Je vous parle d’un temps

Que les moins de vingt ans

Ne peuvent pas connaître

Il est grand temps de se tourner vers l’avenir. Les Français ont besoin de rêve et d’ambition. La construction européenne ne doit pas être uniquement perçue comme un palliatif à la grandeur française passée, elle doit servir l’avenir, être notre avenir. La France et l’Europe ont des destins liés. Sans cela (si ce n’est déjà pas le cas), nous risquons de naviguer au rythme d’un spleen contemplatif, enfermés dans une nostalgie sans fin et faire de la France un petit musée d’Histoire et d’histoires pour des Chinois en mal de romance.

WWII, inconnu - photo détournée par #ButcherBilly

WWII, inconnu – photo détournée par #ButcherBilly

Briseurs de rêve

À quelques minutes de la finale entre l’Allemagne et l’Argentine, retour sur l’équipe allemande de football, ces "briseurs de rêve".

Cele fait plusieurs semaines que cette expression trotte dans ma tête, et que je répète à l’envie à chaque nouvelle victoire allemande. L’équipe allemande de football a vaincu successivement l’Algérie, la France puis le Brésil, et s’apprête à battre l’Argentine. À chaque fois, l’équipe germanique casse l’élan d’un peuple qui croit en sa renaissance. L’Algérie se référant au passé glorieux de son équipe de 1982, BAM 2 – 1 pour l’Allemagne. La France rêvant d’un nouveau 1998, BAM 1 – 0 pour l’Allemagne. Victoire "petite" et frustrante, mais suffisante. Et le Brésil, n’en parlons pas, organisateur de la Coupe du Monde, pays du football, se voyait déjà hisser la coupe, se prend la plus grande raclée de son histoire, BAM BAM BAM 7 – 1 encore pour l’Allemagne, du jamais vu. À chaque fois, le pays défait se réfère à un âge d’or, ce qui rend la déception d’autant plus grande. Les pays perdants – l’Algérie, la France, le Brésil – vantent les mérites de créativité, d’inventivité, de passion, de courage, autant de valeurs et compétences que les Allemands n’ont que faire et réduisent à néant par l’organisation, le jeu collectif, l’efficacité, leur professionnalisme.

Le drame brésilien

Le drame brésilien

Je ne suis pas venu ici parler de football, je ne m’intéresse que sommairement au jeu, et ne suis pas légitime pour en parler en tant qu’analyste. Je souhaite parler ici de politique, voir même de géopolitique. Il est assez surprenant de voir des hordes de supporters s’attacher d’un amour fou aux footballeurs qui gagnent, puis de les haïr quand ils perdent. Prenez par exemple la sélection nationale brésilienne. Puis les différences de traitement sont assez frappantes. L’équipe de France au début de cette compétition avait soulevé des foules, tandis que bizarrement personne ne célébrait l’Allemagne, sauf peut-être les Allemands. Pire, l’Allemagne semble toujours ramenée à son passé nazi funeste, et/ou à sa domination économique en Europe. Parler foot, coupe du monde, n’est pas anodin, car pour faire court : vaincre l’Allemagne reviendrait à vaincre le nazisme et l’austérité. L’Allemagne est le pays dominateur, les autres se battent pour la liberté, l’amour, la passion. Même le jeu allemand est analysée au travers du prisme des avantages supposés du système économique et industriel allemand : la rigueur, l’efficacité, le timing. C’est du Bosh, donc c’est du solide, pour plagier la pub. Ce qui est intéressant est que la mobilisation des stéréotypes va très loin. Quand la France domine, c’est la France des Lumières, de la science, une France grandiose, porteuse de libertés. Quand l’Allemagne domine, fini le romantisme et niaiseries des jours heureux, il n’y a que la brutalité de sa domination, qui laisse bien souvent place à la critique.

On aurait grand tord de tomber dans ces raccourcis faciles. La finale qui oppose l’Allemagne au pays argentin n’est pas la confrontation du pays de la rigueur contre celui de la liberté et de la passion. À y regarder de plus près, les Allemands sont les Brésiliens de cette coupe du monde, et montrent un voir un jeu sublime et inspiré, quand les Argentins défendent bec et ongles et ferment le jeu. Pas d’inspiration, de génie créatif de la part des Argentins qui ne sont pas l’ombre d’un Maradona. L’Allemagne, en foot comme en économie, joue un rôle de stigmatiseur, elle ne fait que montrer du doigt nos propres faiblesses. Trop simple et commode pour nos politiciens comme nos entraîneurs de rejeter la faute sur les Allemands, d’en faire le bouc-émissaire idéal. Si la France et les autres pays perdent contre l’Allemagne (en foot comme en économie), c’est avant tout de leur propre chef, de leur incapacité à créer réellement une dynamique du changement, impulser des réformes, travailler pour retrouver les heures de gloire. Les Allemands n’y sont pour rien, on devrait les remercier…

Juin…

"Jamais par la ligne, on n’a pu créer dans la peinture une quatrième, cinquième ou une quelconque autre dimension ; seule la couleur peut tenter de réussir cet exploit"

Sur la monochromie, in Yves Klein, Centre Georges Pompidou, Paris, 1983, p.194

Yves Klein, série monochrome

Yves Klein, série monochrome

Description pièce 2

Rappel des règles. Pas de verbe. 500 mots. Oui… grosse galère.

Calme. Calme avant la tempête. Bureau. Open-space. Prise de risque. Ecriture de blog non autorisée. Tasse « London » devant mois. Vide. Plus de café. Café dégueulasse de la machine à faire du mauvais café. Cuillère dans la tasse. Pas de sucre, pas d’intérêt de la cuillère. Mais bon… Lunettes de soleil. Pas de soleil. Surtout à l’intérieur de la pièce. Gris. Temps parisien. Mois de mai pourtant. Candidat à ma gauche. Attente. Stress. Téléphone devant moi. Attente désespérée de sonnerie. Clignotements réguliers du combiné. Message en attente, mais pas de message. Bizarre. Informatique mystique. Table métallique, mais chaise plastique. Bureau un peu bordélique. Objets divers de bureaucrate bruxellois : une souris (pas une vivante), une trouilloteuse,  une agrafeuse, un carnet Moleskine, une montre CK datée un jour en retard, une veste en velours noire, une serviette (soit sacoche de travail) en cuir brun, des feuilles éparses avec notes encore plus éparses (artiste dans l’âme), une chemise bleue (soit dossier), plusieurs listes téléphoniques, des stylos de toutes les couleurs (feutre, bic, stabilo), un verre d’eau en plastique vide lui aussi, des publicités bizarres… Deux fois la même annonce :

« Maître CHARLES – MEDIUM VOYANT GUÉRISSEUR

LE PLUS GRAND MARABOUT DE PARIS

Plus de 30 ans d’expérience et une réputation au-delà des frontières.

Nul cas n’**** désespéré. J’*** toujours une solution. »

Domaines d’expertises variés. Polyvalent. Multi-tâches.

« Amour – Rencontre – Mariage – Fidélité –

Impuissance sexuelle – Retour de l’Amour –

Réussite aux examens – Permis de conduire –

Protection – Désenvoûtement – Ennemis –

Retour de la chance – Travail – Soutien aux entreprises

Attraction clientèle – Voyance pure. »

Maître CHARLES. Homme formidable. Écolo en plus.

« Ne pas **** sur la voie publique s.v.p. »

Pas de phrase longue. Mouais. Résultat : Fail déjà à mi-parcours.

marabout

Retour au boulot. «  Pause » travail.

Quelques heures plus tard…

Continuation de la description. Continuation, un vrai mot ?

Calme désormais. Départs en vacances. Plusieurs sac-à-dos et valises. Juste tapotage clavier irrégulier. Rideaux de fer fermés dans la salle d’à côté. Lumière éteinte. Moi, toujours là…

Verre d’eau désormais à moitié plein ou à moitié vide. Selon le point de vue. Accumulation plus importante de papiers à ma droite. Bordélique ou bosseur ? Injuste jugement. Plan de métro imprimé. Restaurant pour ce soir. L’esprit ailleurs, corps présent. Pas de téléportation possible.

Heure affichée 18h31.

En face, le monde extérieur. Enfants. Un pleurnichard, l’autre fort. Déjà une victime contre un prédateur. Vélo en cause. Pleurs, pleurs. Le pleurnichard, plus malin. Un atout : Maman. Gnagnagna le vélo. Bref le pleurnichard gentil, le fort méchant. Maman, pouvoir divin.

Scooters garés. Piaggio, couleur flamboyante. Vélo, selle en très mauvais état. Des passants. D’autres passants. Regards furtifs vers eux, non-regards vers moi. Plus rien. Encore la lumière du jour dans la cour d’immeuble. Grognements de pots d’échappement. Un homme grand, allure nonchalante, sac de courses à la main, petite tête et grandes jambes.

Fin de l’exercice. Un chewing-gum à la poubelle. Rideau.

On s’y attendait pas…

Le FN à 25 % aux élections européennes, on l’a pas vu venir…
Belle image de la France, les Unes des journaux étrangers se régalent : quelques retombées en ligne déjà ici
Est-ce qu’on blablate et on refait la même chose encore et encore ou on se bouge le derrière pour accoucher d’un nouveau modèle ?

On y voit pas bien clair, ah bon ?

On y voit pas bien clair, ah bon ?

Description pièce 1

Tentative d’écriture. Expérience littéraire. Description seule. Pas de verbe. Les objets autour de moi. Ambiance, atmosphère et sentiments. Phrases courtes. Pas de triche. Dur…

Dimanche après-midi. Un tee-shirt Batman. Mode pyjama. Détente. Sur le lit, les ours en peluche. iPad à la place d’une plume, signe des temps modernes. Ambiance studieuse dans la pièce : copine workalcoholic. Le jardin en face de nous. Le rire (et les cris) des enfants. Pièce lumineuse, une fenêtre ouverte dans la cuisine. Bordel organisé, moindre que ce matin, mais tout de même. Chaussettes, habits, sur les chaises, empilés, montagnes urbaines de la consommation. Regard porté de gauche à droite, cherchant des objets singuliers. Pas mes lunettes, vue mauvaise. Pas facile. Placard de monstruosités communément appelées "souvenirs". Toutes les couleurs, toutes les formes, pour tous les (mauvais) goûts. Magazines divers oscillant entre revues semi-intellectuelles et journaux people. Pas des gens de culture, des gens "normaux". Faim soudaine, envie de M&MS. Pause. Miam. Jaune, bleu, rouge, vert, un vrai délice. Toujours des cochonneries pour un cerveau poussif et un estomac grognon. Meuble imposant à ma gauche, la télévision sur son trône. Abreuvé d’images, devant l’autel, nouveaux usages de la prière. Des bougies, des vases, de la poterie, des boîtes à biscuits, touche féminine. Comics, BD, ma touche. Décoration pas passionnante : du blanc. Pas de tableau affiché, trop la flemme. Bug. Appli WordPress pas au point. Le compteur de mots. Pression. 233 mots. Pfff pour un roman, mal barré. Bug après bug. Appli de m*****. Pause, oui encore ! Gauffrettes au beurre. Deux, ok trois en réalité. Boulimique. Et un verre de lait. English-style.

Courage. Exercice très chiant. Pas de verbe. Comme Yoda ou Hulk… Pas d’échappatoire. Objectif : 500 mots. Cerveau fumant. Reprise de la description, malgré coupures indénombrables à cause de l’appli. Frustation. En face, table allongée, pas particulièrement belle, pas particulièrement moche. Dossiers, objets électroniques, bouteille d’eau en forme de Pastis 51. Fille concentrée ? À droite, un miroir vertical. Accrochés à la porte ouverte, une série de petits éléphants. Encore un souvenir… Petit meuble à rangement, tiroir ouvert. Un téléphone ne fonctionnant pas sur le dessus, des cartes postales, une photo avec des amis : un bon souvenir. À côté de moi, un bureau. Chaos sur le bureau : médicaments, lampe, feuilles, prospectus, heureusement la radio un peu de gueule. Dernière lumière du jour sur le parquet brillant, chants des oiseaux, le calme du dimanche avant la tempête de la semaine. Pas brillant ce premier essai. Deuxième tentative à l’extérieur. Total de mots : 411. #fail

#fail de monsieurpapillon

#fail de monsieurpapillon