Génération sacrifiée ?

Sommes-nous cette génération sacrifiée ? Au cours de quelques discussions politiques avec mes camarades et collègues, nous arrivons tous à la même conclusion. Je vais sur mes 27 ans et malgré tous mes efforts, j’ai l’impression de galérer, de n’avoir aucune stabilité ou visibilité sur l’avenir. Je pensais avoir fait les bons choix, la bonne école, le Celsa, bref, parfait petit élève et tout ça pour… pas grand chose. Mais pourquoi cette impression amère d’avoir été floué ? C’est compliqué. Les années glorieuses, nous ne les avons jamais connues. A l’école, on me parlait de cette époque formidable, les « Trente Glorieuses », Waouh, la croissance, le plein emploi. C’était la belle époque, ou en tout cas c’est comme ça qu’on m’a vendu le bébé. Et après le prof nous disait : « bon, vous avez pas de bol mes loulous vous êtes nés après la crise pétrolière. De la fin des années 40 à la fin des années 70, c’était cool. Maintenant c’est dur. Ce sont les années piteuses ». Sympa le mec. Enfin, au fil de mon parcours scolaire, les années piteuses se sont transformées en « Vingt Piteuses » par opposition à la période supposée dorée. Les années 2000, un peu de renouveau de croissance avec Internet, puis éclatement de la bulle internet, crise financière en 2008, et aujourd’hui crise de la dette publique. Tout va bien les amis. Et le problème du chômage qui est toujours là, pugnace, indélébile. Les Vingt Piteuses sont devenues les Trente Piteuses, mais à ce rythme là on s’achemine vers les Quarante Calamiteuses. Peut-être que « crise oblige » ou « c’est le contexte économique voyez-vous », on nous ressort à longueur de journée(s), que malgré les études, malgré notre compréhension et adoption rapide des nouvelles technologies, malgré notre trilinguisme, que le CDI est quelque chose d’inatteignable. Sans être une fin en soi, le CDI en France confère un statut, une stabilité que l’on refuse justement au « jeune » qui se fait vieux et louche fortement vers la trentaine. On se retrouve dans un système dual où les « installés » profitent d’un CDI confortable aux horaires aménagés et des bénéfices de leur entreprise et de l’autre les « précaires » qui rament, qui en veulent, mais multiplient CDD, intérim, presta, bref tous les contrats inimaginables de la terre pour ne pas « CDIser » (c’est même fou dirais-vous que le terme existe). S’ajoute à cela l’incompréhension entre les générations. D’un côté, les « vieux » nous poussent « mais vous êtes jeunes, allez conquérir le monde. Moi à ton âge… » et nous un peu récalcitrants «  oui mais c’est différent aujourd’hui. Tu sais le chômage… ». On traîne des pieds. C’est curieux vous ne trouvez pas ? Notre génération n’a pas connu la guerre, les rationnements. Elle a plutôt été à l’abri du froid et de la grande pauvreté. Seulement voilà, elle est profondément défaitiste. « L’Etat ne peut rien pour moi » « Je n’aurais pas de retraite ». Bref, en gros, nous avons tous les inconvénients, et en plus de cela payons les beaux jours de ceux qui en ont bien profité. Les derniers arrivés (je parle de nos petits frères et petites sœurs) sont déjà cyniques et égoïstes. De l’individualisme pur et dur. Choqué, je dois déjà me faire des vieux os ha-ha. Je n’ai pas la solution au problème, mais je dresse seulement le constat triste que notre génération n’est pas « sacrifiée » (nous ne sommes pas envoyés combattre au front ou soumis aux tickets de rationnement de l’après-guerre), elle est profondément désabusée. Les « jeunes » sont déjà vieux avant même d’avoir goûté à leur jeunesse.

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