La gueule de bois… c’est toujours pour les autres

Petit plagiat du titre de l’article la gueule de bois par Jacques Attali (lire ici). Il décrit la gueule de bois après l’élection présidentielle, car les candidats sont passés durant cette campagne à côté des vrais sujets. Sans blague. Constatons aussi un peu partout la multiplication d’articles sur la non-réponse aux « vraies questions ». Certains y apportent une réponse originale comme dans Slate où les Français seraient de grands rêveurs ou des nostalgiques qui préfèrent à tout prix éviter les sujets qui fâchent (lire ici ou ). Peut-être… ou peut-être pas. Je ne suis pas sociologue.

Mais revenons à notre ami Jacques Attali. Comme vous le savez, c’est un libéral. Il décrit dans son article l’échec des « élites » à imposer les « vrais » termes du débat. TEA CULPA, Jacques, j’ai envie de dire. Si élites il y a, tu en fais bien partie, nous n’avons aucun doute là-dessus. Les « vrais » sujets seraient pour Jacques Attali la dette publique et donc la réduction de la dette et la maîtrise du budget de l’Etat. Autrement dit, la rigueur, une cure sévère pour les finances (et les services, ne soyons pas dupes) publiques. Alors voilà, le vrai sujet c’est la dette. Et personne n’en parle, car ce n’est pas populaire. Tu m’étonnes, ils ont quand même envie de gagner l’élection. Sauf Bayrou (haha, je déconne). On préfère largement parler de viande halal, d’imposition des expat’s, et de code de la route. C’est bien plus intéressant. Ce qu’il faut voir dans cette affaire ou plutôt « sous » cette affaire est la conviction sans faille des « élites » dans le libéralisme économique. Je suis libéral moi-même et j’ai été formé par les purs et durs Jacques Marseille théoricien français et historien économiste sur la question. Seulement voilà, vous vous fourvoyez. L’argument ultime des tenants du libéralisme est la mondialisation. Ce mot fourre-tout, il convient de le définir. La mondialisation est pour moi l’accroissement continu des échanges internationaux qui a contribué au fil des siècles à l’enrichissement des peuples et au développement des économies. Et là, oui, la mondialisation est un bien. Ses origines, lire Fernand Braudel (je joue mon « élite ») remonte aux cités-monde – Venise, Gênes – villes au centre des échanges internationaux qui se sont enrichies et qui à un moment donné de l’histoire ont pris le dessus. Vive la mondialisation alors ! Les perdants de la mondialisation sont justement les pays qui n’y participent pas, d’où la grande misère du continent africain. La théorie d’Adam Smith devient réalité. La multiplication des échanges commerciaux conduit au bonheur des peuples. Le communisme s’est cassé la gueule. La fin de l’Histoire pour Francis Fukuyama.

Oui… mais. C’est un gros MAIS.  Les « élites » françaises coupées du « peuple » ne comprennent donc pas la réticence des populations à embrasser la mondialisation et les idées libérales. Cependant ces 30 dernières années, si les peuples se sont bien enrichis, si des pays « nouveaux » se sont développés à une vitesse folle, les Etats ont laissé sur le carreau des milliers, non des millions de personnes. Les riches et les puissants sont devenus encore plus riches et puissants (jetez un coup d’œil ici). La masse des classes moyennes a l’impression de stagner, mais surtout tout un pan de la population française a été oublié. La mondialisation, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est la financiarisation de l’économie. Exit de la France l’industrie, le modèle fordiste, la production de masse pour une consommation de masse ; les crises pétrolières 73 et 79, les Thatcher et les Reagan ont balayé l’ « ancien monde ». Avec le succès qu’on connaît. On ne peut pas raisonnablement demander au « peuple français » de soutenir un modèle qui met « hors-jeu » tant de personnes (les chômeurs, les cités, les travailleurs pauvres). Il faut être une « élite » pour penser que le « vrai » sujet est le contrôle de la dette publique, quand les « vraies » préoccupations des « vrais » gens sont : les fins de mois, pouvoir se loger, les crédits sur la maison et la voiture, le rentrée scolaire, trouver un emploi,… et j’en passe. Le bonheur des peuples, que ce soit Marx ou Adam Smith, on n’y est pas encore. Bref, la fin de l’Histoire, ce n’est pas pour demain.

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