Le mec qui ne payait pas de mine

François Hollande, le candidat par défaut

La Une de l’International Herald Tribune (l’édition internationale du New York Times) le dit : François Hollande est le candidat par défaut. Celui sur lequel personne n’aurait misé trois kopeks. Et pourtant au vu des sondages, il se pourrait très bien qu’il devienne le prochain président de la République française. Cette victoire surprise est en partie la faute des controverses libertines de Strauss-Kahn. Mais elle est aussi l’illustration de la recherche d’un nouveau style présidentiel par le peuple français. Le “rentre-dedans” de Sarkozy envers les journalistes, son discours décomplexé, son non-formatage par l’ENA a produit un style présidentiel auquel les Français n’étaient pas habitués. Et il se peut que ces derniers soient un peu décontenancés par Sarkozy. À l’heure de la crise, le bling-bling et les frasques de l’actuel président ne plaisent pas. Bien que charismatique, les Français ne veulent peut-être plus être charmés, envoûtés, bref trompés par les apparences. Avec Hollande, on a l’impression d’être devant le mec moyen. Il semble honnête, juste, un mec normal. Un type (s’il en a le courage politique) qui va faire le boulot qu’on lui demande, faire les réformes nécessaires sans plonger le pays dans la paralysie des grèves. On l’accuse d’être un “flamby“, d’avoir le charisme d’une huître, de ne jamais avoir endossé de hautes fonctions ministérielles, d’être la gauche molle ou un centre mou, mais qu’importe. Hollande, on lui doit bien ça, est un homme, qui sans passionner les foules, est d’un flegmatisme impitoyable. Être à la tête du parti socialiste, traversé par des courants d’égos démesurés, vaut bien 1000 fois un poste ministériel. Concilier les contraires de minorités qui s’affrontent, il connait. Il est donc en quelque sorte tout à fait apte au poste. Avec lui, pas de romantisme, pas de passion. Non ce sera de la rigueur budgétaire, certaines mesures sociales très modérées, et un programme économique qui se tient debout animé par la génération Mitterrand et les années Jospin. Fabius, sans aimer le personnage, est brilliant ; il est l’homme qui a libéralisé la France (je parle de l’économie, entendons-nous). DSK sera caché, mais dans les parages. Un ancien directeur du FMI a toujours un bon conseil à refiler. Des membres de la société civile travailleront sur les questions du logement, de la ville, de la justice, de la lutte contre les discriminations. Sans compter Manuel Valls fin connaisseur des questions des banlieues difficiles. Un tableau qui laisse peu rêveur, mais à peu près véridique (enfin je l’espère). Car Hollande n’est pas un révolutionnaire, c’est un social-démocrate, un centriste allemand. Et la Gauche après avoir passé 17 ans à côté de la présidence renouera avec les citoyens. L’occasion (avec un peu de good will) de rénover le parti, de le moderniser. Voilà, c’est l’histoire d’un type qui ne payait pas de mine et qui se voyait président.

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3 réflexions sur “Le mec qui ne payait pas de mine

  1. Aiiie Giulio, la distance doit atténuer les effets pervers d un flamby président! On peut être déçu plat NS, sans pour autant vouer le pays au chaos de l indécision et du populisme melanchoniste avec lequel il sera forcer de composer!.!! A part peut etre pour Valls, ton analyse est tronquée. Dis moi que tu as oublie de t inscrire a l ambassade!…. Et que tu ne votes pas dimanche! Je te préférais Bayrouiste!….
    Bises quand meme, et si Hollande passe prépare toi a voir ta mère et ton beau pere débarquer en Australie:)))))))

  2. Message aux indécis, par Jean d’Ormesson (de l’Académie Française)
    Publié le 18 avril 2012
    La victoire de François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d’être éclatante. Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste. La question n’est pas de savoir qui l’emportera en mai 2012. On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire que ce serait Mme Aubry. On a même pu imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen. Il n’est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu’à se persuader de leur chance de l’emporter. Tout sauf Sarkozy. N’importe qui sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel. Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique. Il est mondialement connu en Corrèze. Ce n’est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires. Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe.

    Par temps calme et sans nuages. Il n’est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C’est une espèce d’entre-deux : un pis-aller historique. Ce n’est pas Mitterrand : ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n’est pas Jaurès ni Léon Blum : c’est Albert Lebrun. Ce n’est pas Clemenceau : c’est Deschanel. Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l’élire à l’Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête.

    C’est vrai: Sarkozy en a trop fait. Hollande, c’est l’inverse. Car n’avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n’est pas exclu, il est même possible ou plus que possible, que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République. C’est qu’à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d’être d’accord entre eux -je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande-, ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s’allonger), 60.000 nouveaux fonctionnaires (quand il s’agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30% de baisse sur les traitements du président et des ministres (même M. Jean-Marie Le Pen, de glorieuse mémoire, n’a jamais osé aller aussi loin dans le populisme et la démagogie). Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner.

    Aussi n’est-ce pas dans la perspective de l’élection de 2012 que je me situe. C’est avec le souci du jugement de l’histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaitre, a fait pas mal d’erreurs. À voir comment se présente la campagne d’un Parti socialiste qui semble n’avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu’avec M. Sarkozy. Les déclarations d’intention ne valent rien.

    Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus qu’estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre. M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France?

    M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus trainé dans la boue qu’aucun dirigeant depuis de longues années. Il a pourtant maintenu le pays hors de l’eau au cours d’une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n’est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l’Europe et l’euro. Pour affronter le jugement de l’histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu’à l’absurde, Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius) -Aubry-Joly-Mélenchon. Bonaparte Premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités.

    Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l’idée d’être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le destin. Je veux bien croire -je n’en suis pas si sûr que pour 2012 les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé. J’imagine très bien l’explosion d’enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l’élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée. Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015.

    Jean d’Ormesson

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    1. Tu tentes la menace – maman en Australie – haha
      Je dresse un portrait sans concession d’Hollande tu l’as compris
      Sinon Ormesson bof – rien d’étonnant pour un traditionaliste comme lui – quant à Bayrou je ne le comprends plus – je vais écrire un billet sur Sarkozy et tu comprendras (peut-être) mon positionnement

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