L’élection de la peur

L'étranger de Camus - à relire sans hésitation, c'est tellement d'actualité

Le Pen 18%, Mélenchon 11%, les extrêmes (car il faut appeler un chat un chat) totalisent 40% des voix au lendemain du premier tour des élections présidentielles. En 2002, on s’en souvient, il y avait eu la vague Le Pen. Jean-Marie Le Pen était au deuxième tour de l’élection présidentielle. Historique. Pour arriver à un tel résultat dix ans plus tôt, le thème principal de la campagne tournait autour de l’insécurité. Les gens avaient peur… Et oui c’est facile pour moi de dire ça car je ne vis pas dans une cité craignos. Néanmoins certains scores ahurissants du Front National se retrouvent dans des coins paumés, dans des villages et petites villes où justement il ne se passe rien. On était donc bien devant un sentiment d’insécurité. Les Français flippait devant leur télé qui tournait en boucle des images de violence et d’anarchie. Rebelote aujourd’hui, certains villages et villes ont encore peur. Seulement l’insécurité se limite plus au simple fait de se faire voler ou casser les dents, elle est économique. La crise des subprimes puis celle de la dette publique a mis tout le monde en état de paranoïa. Je ne refuse pas la crise ni les problèmes. La encore, elle existe (malheureusement). Mais la politisation de la crise est dangereuse. L’argument suprême du gouvernement actuel est un rejet total de la Gauche basé sur son incapacité absolue (selon eux) de gérer la crise et les finances publiques. à la crise se greffent d’autres peurs : la peur des immigrés qui volent nos emplois, la peur des délocalisations de nos industries et de nos métiers en Chine, la peur des flux migratoires incontrôlables qui ternissent notre identité nationale, la peur des marchés financiers et des agences de notation sanctionnant une présidence à Gauche (lire ici sur le sujet). Et j’en passe. Quand on a peur de la crise, on a tendance à se replier sur soi, à être protectionniste, à penser le pays comme un îlot séparé de la globalisation et de la finance mondiale, bref coupé de la réalité. J’ai horreur des caricatures et stéréotypes, mais on ne peut pas raisonnablement dire qu’il n’y a pas eu de flirt poussé entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen (l’image qui me vient a l’esprit est dérangeante) pour que l’UMP récupère les votes du Front National (lire cet article sur les réactions dans le camp de l’UMP). Les thèmes qui ont primé étaient donc ceux de l’immigration, de la sécurité et de l’identité nationale. Là encore, je ne dis pas que ces thèmes ne sont pas légitimes et sont à exclure, mais les responsables politiques ont clairement loupé le coche (The Economist parle d’une France dans le déni, lire ici). Ainsi les débats qui ont lieu sur la toile et ailleurs sont d’une pauvreté terrible. à Gauche, les assistés pour les gens de Droite. A Droite, les racistes pour les gens de Gauche. Pourquoi le débat politique est tombé aussi bas ? Quand on vote à Gauche et on gagne plus que le smic, on est un bobo. Pourquoi voter à Gauche et réussir sa vie serait incompatible ? Quand on vote a Droite, il faudrait accepter le flirt honteux entre l’UMP et Le Pen. Pourquoi voter à Droite et s’insurger contre la propagande sur l’islamisation de la France serait contradictoire ? Pourquoi la célébration de la Patrie et la défense de la Nation seraient l’apanage des partis extrêmes ? Quand il aurait fallu parler du projet européen, d’entreprenariat et de compétitivité des entreprises, de la recherche et de l’innovation en France, de simplification du mille-feuille administratif français (36 000 communes en France !), de redéfinition du système ultra complexe des impôts tant sur les sociétés que pour les contribuables, de l’insertion des jeunes dans le marché du travail, de la formation continue et du maintien des actifs seniors en entreprises, du tissu des services de proximité et des fractures territoriales dans la santé, des difficultés d’accès au logement et à la construction de banlieues périphériques pauvres et exclues, de la prise en charge de la vieillesse et de la retraite par capitalisation, du chômage de longue durée et des travailleurs pauvres, des milliers de jeunes qui sortent chaque année sans formation ni diplôme,… on lui a préféré le déni des réalités. Déni des réalités, on se bat contre du vent. Pire, la société se divise sur des malentendus et des stéréotypes. La peur de l’autre, la peur de l’étranger, la peur de soi. Regarder son nombril, se croire la meilleure des nations. Le réveil sera difficile. On cherche désespérément un bouc émissaire, car l’homme providentiel n’est pas la, le sauveur s’est barré. De la peur du banlieusard a celle du Grand Capital, il n y a qu’un pas. Triste constat d’une France autiste pour qui son plus grand ennemi n’est que l’ombre d’elle-même.

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