Moi, président de la République…

François Hollande pendant le nouvel an chinois, le 29 janvier 2012 (CHESNOT/SIPA)

La victoire de François Hollande n’a pas été suivie par les chars soviétiques. Ha-ha tout va bien. Quelle sera la présidence de François Hollande ? Ses détracteurs disent qu’il fera tout le contraire de son prédécesseur. Sa tirade lors du débat présidentiel laisse à présager qu’il adoptera un « style présidentiel » différent. Alors, est-ce un retour en arrière ? Oui, en quelque sorte, Nicolas Sarkozy a été moult fois observé, scruté, décortiqué par les analystes politiques et les experts en communication pour son style présidentiel qu’on peut désormais nommer le « sarkozysme ». Le sarkozysme est une vraie rupture dans la pratique du pouvoir par rapport aux présidents qu’étaient De Gaulle, Pompidou, Mitterrand et Chirac. Le sarkozysme présente un président de l’action, il n’est plus ce grand observateur démiurge qui donne les grandes orientations stratégiques, mais une sorte de premier ministre britannique qui prend en charge tous les dossiers. La comparaison a souvent été faite avec Tony Blair. J’ai moi-même été assez impressionné par sa nouvelle posture à l’époque et travaillé sur le concept d’ « Hyper  président ». Hyper-président est certes une invention sémantique, néanmoins avant d’être un argument de la gauche contre la présidence sarkozienne, elle est l’illustration d’un nouveau style présidentiel qui est au devant de la scène, qui est dans l’action et qui met en spectacle l’action politique. De la « communic’action » (contraction de communication et action) en quelque sorte.

François Hollande, aujourd’hui, doit-il faire table rase des années Sarkozy et revenir à la posture du « monarque-président » ? Oui… et non. Oui, car Nicolas Sarkozy s’est très vite « grillé », ne bénéficiant plus du premier ministre comme « fusible » – il a pris les coups. Cinq ans de présidence l’ont épuisé, bien qu’il soit un moment arrivé à « prendre de la hauteur » par rapport aux évènements. Aussi, son « franc-parler » et sa volonté de « bousculer » n’ont pas plu à tous les citoyens. On a vu, chose assez inédite si je ne m’abuse, un premier ministre – François Fillon – plus populaire que son président. Que doit retenir François Hollande de tout cela ? Faire l’inverse de Sarkozy ? Que nenni ! François Hollande doit tout d’abord construire sa posture présidentielle, il peut s’aider des références gaulliennes d’un president stratège (le Général !), d’un président guidant l’action politique. Cela permettra de prolonger le plus longtemps possible le fameux « état de grâce », 6 mois pendant lesquelles le président nouvellement élu bénéficie d’une cote de popularité exceptionnelle selon les commentateurs et journalistes. Par contre, faut pas déconner. François Hollande n’est pas De Gaulle. Il n’est ni résistant ni héros de guerre. Il n’a pas la stature (symbolique et physique car De Gaulle était très grand) de De Gaulle. Et surtout, nous ne sommes plus en 1950, donc les grandes élocutions du président visionnaire seraient ridicules et moquées seconde après seconde sur Twitter. Hollande doit vivre avec son temps. Il peut s’inspirer de la communication de Nicolas Sarkozy en changeant un peu le registre. Du « franc parler », il doit proposer une conversation « normale » (c’est une construction évidemment) avec les journalistes. De la provocation et de la communication « coup de point », il devra imposer l’agenda médiatique et les termes du débat aux médias en jouant sur la connivence, la confidence, la proximité avec les journalistes. Son premier ministre ne devra pas lui faire d’ombre. Il doit s’appuyer sur quelqu’un d’expérience et de compétent. Son premier ministre aura les « mains dans le cambouis », et Hollande pourra le faire « sauter » à sa guise.

Mais attention, il ne faut pas prendre les Français pour des cons. Le meilleur exemple est Chirac. Sa « hauteur » et sa « distance » par rapport à l’action politique ont été perçues comme de l’inaction. Et c’est tout ce que doit éviter Hollande, car tout le monde l’attend au tournant : Flanby président ! Chirac s’en était bien sorti quand Jospin était premier ministre, en cohabitation donc ! Mais rappelez-vous, le pourtant très charismatique et médiatique Dominique de Villepin, l’homme du NON à l’invasion en Irak, s’est vu foudroyé par la plèbe pour une mesure somme toute assez modeste – le CPE (on ne sait même plus ce que c’est). Chirac était arrivé après la bataille (la guerre civile devrais-je dire !) pour dire qu’il allait promulguer la loi sans l’appliquer. Quelle blague ! Le « roi-fainéant » était né. Ce n’est surtout pas ce qu’Hollande doit suivre. Et Sarkozy, entre parenthèses, a tout fait pour se démarquer en tant que candidat du bilan très médiocre de Jacques Chirac. Chirac avait en tête De Gaulle après mai 68 qui ordonnait le « retour à l’ordre ». Mais Chirac n’était pas De Gaulle, et Hollande ne l’est pas plus.

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