Le rêve franco-américain

Les Australiens ne parlent pas politique. Ou quand ils s’adonnent à la politique, les conversations tournent autour du trop d’impôts, trop de bureaucratie, tout en célébrant la Reine et la famille royale (pour lesquelles ils payent des impôts). Va savoir, ils préfèrent la royauté au sens de l’Etat. Enfin pas tous. Certains se disent républicains.

L’autre soir, j’ai eu le plaisir de dîner en compagnie d’une charmante franco-américaine, et à nous trois (oui avec Nathalie) nous avons blablaté (refaire le monde est toujours plus simple le ventre plein).

Caricaturons. Car dans la caricature se trouve parfois l’essence du vrai. Le rêve français est la réussite par l’école républicaine. Ecole où l’on est soi-disant tous égaux en dépit de l’appartenance sociale, de la fortune familiale et des différences culturelles. Nous sommes égaux. L’égalité républicaine. L’élève méritant, c’est la méritocratie, aura accès aux meilleures écoles (parcours prépa et grande école) qui lui donneront les meilleures chances sur le marché du travail. Mieux encore, son parcours sera marqué par Science Po Paris puis l’ENA et il deviendra haut fonctionnaire, serviteur de l’Etat. Etat que les Français critiquent sans cesse mais restent entièrement dépendants de lui. Les réminiscences de l’Etat jacobin, d’un Etat fort, tout protecteur et tout puissant sont bien là. On peut remonter jusqu’à Saint-Louis : roi thaumaturge touchant les plaies des gueux comme l’origine de notre Sécu.

A contrario, le rêve américain. La réussite est là synonyme de dollars. Le cash ! Il s’agit du self made man (littéralement l’homme qui s’est fait tout seul), l’entrepreneur audacieux qui a réussi à construire un empire financier et une fortune considérable. Les universités comme réseaux ont un rôle important à jouer, mais la légende américaine veut que l’éducation ne joue pas le rôle premier dans la réussite. Ronald Reagan, acteur de série Z, devenu Président des Etats-Unis. Aussi, l’égalité républicaine à la française est balayée par l’équité et les discriminations positives comme on dit (affirmative action). Le fonctionnaire est l’anti-modèle absolu et les Américains seraient prêts à se passer de l’Etat pour vivre dans le Far West d’autrefois. Pas d’Etat protecteur bien entendu. C’est l’individu et sa liberté qui priment face à l’Etat oppresseur et monstre. Le port des armes vient d’ailleurs de la liberté d’un individu à prendre les armes contre l’Etat. Les Anglais colonialistes ont laissé un mauvais souvenir.

La conclusion de la soirée était que les deux modèles étaient foutus. Ils ont tous les deux montré leurs limites. La méritocratie républicaine et l’égalité à tout prix sont en panne. Il faudrait regarder du côté des discriminations positives. L’école ne peut être à elle seule le seul levier de la réussite. On ne peut pas fonder un système que sur les quelques étudiants qui sortent de prépa et de grandes écoles. En France, entreprendre est difficile. Une montagne de taxes et de paperasses pour un gain médiocre. Il faut encourager l’entreprise et surtout l’esprit d’entreprendre. L’Etat ne peut plus, il est saturé, il faut le rationaliser. Pour les US, les inégalités sont non seulement honteuses mais dangereuses. Les classes populaires grondent et se tirent dessus. La réforme du système de santé d’Obama, moins ambitieuse que prévue, reste un pas de plus vers plus de protection. La solitude et le désarroi ne sont pas facteurs de productivité et de prospérité. On a aussi besoin de l’Etat. Nos deux pays, si différents, ont vraiment beaucoup à apprendre l’un de l’autre.

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