Tare ta gueule à la récré

23h13 le transilien partira pour Suresnes. Je discute tranquillement avec un pote en attendant le train. Là, deux mecs, à 10 mètres de nous, commencent à se mettre sur la gueule méchamment. L’un a le dessus, il lui met cher, poing dans la gueule, coup de pied. Un type s’interpose, « et oh oh ça va pas ? », un autre type arrive, lui cherche la bagarre aussi, puis encore un autre, ça part en cacahuètes, les flics arrivent, calment le jeu, le jeune policier se prend une tarte à mon avis car il check son nez (oui il est toujours là). Les insultes fusent, les flics retiennent un type, l’autre en profite pour aller le narguer, les deux s’en vont, y’en a un qui a le nez en sang, d’ailleurs il crache du sang, il a peut-être recracher une dent, j’en sais rien. Et tout ceci dans l’espace formidable de 5 secondes, allez 10 peut-être. Gare Saint-Lazare samedi soir, il n’est même pas tard. Et moi pendant ce temps-là, rien. Je n’ai même pas réagi, presque pas de réaction, en spectateur passif, j’ai vu des gens se foutrent sur la gueule et je suis resté immobile. D’habitude je fais quelque chose, je gueule, j’interviens, bref juste quelque chose. Là rien. Ça doit être ce sentiment qu’on appelle la peur. La trouille. Poule mouillée. Je suis devenu un robot sans sentiment, un des mecs qui ne réagit pas. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir, mais avec mon pote on s’est dit dans nos têtes que si on y va on va se faire laminer. L’homme d’action ne se pose pas ce genre de questions. Il y va, point final.

Le type qui tabassait l’autre n’était pourtant qu’un gosse. Mais je me vois bien avec ma dégaine lente me faire bousiller par sa brutalité. Putain, en fait, c’est la première fois que je vois des mecs qui sont là juste pour se battre. Pas de préjugés ici. Jogging ou jeans, pas de jaloux. Pas de racisme. La France multicolore, United Colors of Benetton, France Football 1998, était réunie à se mettre des mandales dans la trogne. Y’a pas de victimes, que des imbéciles violents. Comme le résume très bien mon ami geek philosophe : « La nuit, les espaces publics ne le sont plus, ils deviennent des territoires », pas faux ; et sur les loubards « On a laissé faire… des types déclassés… ils ont leurs lois », loi de la jungle.

Dans le train du retour, Saint-Nom-la-Bretèche et autres bourgades et banlieues. Le reflet de ma tronche de barbu et lunettes trendy, faux geek, faux hipster, faux bobo. Pas de réaction. Tristesse et fatigue. J’ai pas de réplique. Entre les tournantes de Fontenay-sous-Bois ou les deux jeunes massacrés à la Villeneuve… Et pourquoi tu tapes comme un forcené sur un homme déjà à terre ? Grande question. Je regarde les paysages défilaient. Retour sur Suresnes. C’est ma dernière soirée. La Tour Eiffel brille. Le ciel est sombre, d’un bleu royal, il enveloppe la ville. Un bruit de mobylette. Les réverbères et ses lumières. Le reflet de ma silhouette dans les miroirs, mon ombre. Dernière photo souvenir. Non, plus de batteries. Il n’y aura pas d’image.

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