De la langue de bois

Entre langue de bois et avaler des couleuvres, la politique n’est pas un métier facile.

De la langue de bois au silence d’or, il n’y a qu’un pas. Je réagis à l’élection de Jean-François Copé à la tête de l’UMP. Petit cours de communication politique à destination des nuls par un pubard au chômage.

Il est dit sur le site de l’UMP que Jean-François Copé est élu président d’une UMP « républicaine, moderne et qui combattra toujours le politiquement correct ». Sans revenir sur l’élection, il est clair que Jean-François Copé cherche à se démarquer d’un François Fillon plus policé (certains diront mou) et à revendiquer l’image de celui qui « dit vrai ». En somme, il est le descendant direct de Sarkozy qui a institué le « parler vrai » en politique (devant les caméras si possible). Seulement voilà, on nous a appris que la politique et la langue de bois ne font qu’un. Pourquoi ?

On pourrait croire que nos responsables politiques nous prennent pour des poires et préfèrent éviter de « dire la vérité » pour ne pas fâcher les Français qui ont des tendances colériques et révolutionnaires assez ingouvernables (rappelez-vous De Gaulle « les Français sont des veaux »). Tout d’abord « LA » vérité n’existe pas, au sens où les décideurs politiques prennent les décisions qui leur semblent les plus justes en écoutant les avis des uns et des autres, mais ne savent pas si ces décisions seront suivies de succès. En fait, l’arbitrage et la gouvernance de la France se fait un peu à l’aveugle. C’est le cas de la plupart des organisations et des entreprises. On ne peut pas tout prévoir ni prédire. Sinon depuis longtemps, on aurait réglé tous les problèmes. Il faudrait chercher à innover et chercher des solutions nouvelles (ça c’est un autre sujet). « Dire la vérité » est bien sûr une figure de style. C’est au mieux un slogan publicitaire, au pire de la démagogie. En fait, quand on « dit la vérité », on prétend que l’autre ment ou cache certains éléments. Jean-François Copé, qui a un parcours classique Science Po – ENA, est parfaitement à l’aise à l’oral et connaît toutes les ficelles de la « langue de bois ». Sachez que l’expression est assez récente et est apparue dans les années 70. A l’origine, l’expression est russe et vient de la « langue de chêne » qui pointait du doigt la bureaucratie tsariste. La « langue de bois » est donc selon cette définition celle des fonctionnaires et autres apparatchiks.

Aussi frustrante soit-elle, la « langue de bois » est bien une réalité en communication. Elle permet de communiquer tout en ne divulguant aucune information. Il s’agit de prendre la parole pour ne rien dire (ou éviter de dire des conneries). En situation de crise, lorsqu’une organisation ou une entreprise est touchée, un produit ou individu remis en question, la réputation de la structure est exposée aux critiques. Pour minimiser les dégâts et/ou éviter de communiquer des informations sensibles susceptibles d’être reprises dans la presse, par l’opposition ou le concurrent, ou par les instances judiciaires en cas de procès, le communicant va mettre en place des « éléments de langage » pour contrer les critiques et réduire l’ampleur de la crise. La « langue de bois » est donc l’apanage du public comme du privé. C’est une technique de communication très largement utilisée dans les entreprises. Mon premier cours en communication institutionnelle portait sur… le silence. De la langue de bois au silence d’or, il n’y a qu’un pas.

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