Out of Africa

Ca y est, on y a droit, les journalistes et éditorialistes commentent l’engagement de notre président au Mali. Deux très bons points de vue à lire par Eric Dupin (Hollande et le Mali: un chef de guerre ne fait pas un nouveau président) et Daniel Schneidermann (Le roi François, sa guerre et ses éléphantes). Le Fondateur d’@rrêt sur images souligne à juste titre la passion des gaulois pour la guerre et son chef. Imaginer le joufflu François sur son éléphant muni d’une kalachnikov chassant les djihadistes maliens est une superbe image d’Épinal digne de Tintin au Congo et de notre « grandeur » coloniale. Drôle quand on pense que le soutien est indéfectible à droite et à l’extrême droite, et que la gauche (verdâtre) traîne un peu des pieds (« A la Françafrique a succédé la Gauchafrique »). Les Français ont coupé la tête du roi Louis XVI, mais restent accrochés aux reliques de la monarchie. La règle veut qu’un bon roi, pardon un bon président, s’en va en guerre pour prouver que c’est bien lui le chef. On se rappelle de Sarkozy et son intervention en Libye qui lui a valu une aura de courte durée ; et de manière générale les candidats aux présidentielles sont habituellement critiqués par leurs adversaires politiques pour leur manque de stature et d’exercice à la diplomatie (c’était le cas pour Hollande). L’héritage gaullien est toujours là qui veut que la défense, la diplomatie et la politique étrangère soient les domaines réservés du président. Doctrine de moins en moins acceptable dans une société de débat plus démocratique, mais qui reste fortement ancrée dans les mentalités et la pratique des institutions. Les analystes se régalent de l’intervention au Mali et se demandent si Hollande n’endosse pas finalement les habits du président [les articles sur la question sont nombreux sur lepoint.frrue89 – et dans la presse étrangère, le Zeitung et le Guardian par Haski]. La France réputée si révolutionnaire et ingouvernable ne serait-elle pas après tout conservatrice ? Des grèves et protestations au consensus entre syndicats et MEDEF (parler d’ « accord historique » est très exagéré). Du « président normal » au chef gaullien. Cette histoire relève combien la société française est complexe, entre sa volonté de changer les lignes, de progrès saint-simonien, de combat social et ses rigidités, ses relents de société de cour (cf. Norbert Elias), ses ancrages très profonds dans une société terrienne, paysanne, archaïque dirigée par un chef.

La Bataille de Zama (en Tunisie), gravure de Cornelis Cort.
La Bataille de Zama (en Tunisie), gravure de Cornelis Cort. La Bataille de Zama vit l’affrontement des troupes romaines dirigées par Scipion l’Africain contre les Carthaginois d’Hannibal en 202 av. JC. Malgré les éléphants de guerre, la victoire de Rome sur Carthage est totale. 

 

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