Soubresauts d’un pois chiche

Word ne reconnaît pas le mot « soubresauts ». La langue se meurt quand un géant américain décide de l’étendue de notre champ lexical. Victor Hugo n’est pas là pour protester, il n’y a personne, plus personne.

Réveil fatigué, je me traîne jusqu’au supermarché, paradis de la consommation pour pauvres, pour retrouver mes semblables. Triste sort. Il fait beau. Il fait toujours beau ici. Pour un Parisien comme moi, c’est inquiétant, allure de fin du monde, avant l’apocalypse un été sans fin, pas de saison, pas d’heure. Après mon succulent : saucisses, œufs, chips, ail, je me décide d’aller vagabonder. Y’a rien à faire ici, je n’ai plus d’affaire chez moi, les cartons sont partis. Vide sidéral, le temps du retour est proche, approche. Promenée sur bourke street, rien d’inhabituel, tout va bien. Trop loin pour prendre le café chez le Grec, je décide de me rendre chez Zoé (j’ai gagné 10 mètres) où je sais pertinemment que le café est dégueulasse. Merci ! me dit la vendeuse. Elle a compris que je suis Français. Faut dire que des Australiens gringalets portant des tee-shirt BATMAN, y’a en pas des masses non plus. Pourtant je pensais avoir bonne mine, j’ai acheté une nouvelle crème l’Oréal Expert à la taurine. Je ne sais pas pourquoi j’ai acheté ça. Encore une connerie marketing qu’il me fallait absolument. Regular long black please à emporter.

J’ai l’impression d’être à New York, sauf que ce n’est pas New York. Cholestérol à Central Park. Ça pourrait être le titre d’un mauvais film. Je fais référence à mon état digestif après mes saucisses et à la lubie newyorkaise (en plein Sydney pourtant). Tel un flubber flamby, je continue ma promenade. Moore Park Gardens, Centennial Park, on se croirait dans les jardins de la Reine. Que les noms, car la royauté a fui depuis bien longtemps. Des gens (bizarres selon moi) tout habillés genre Tour de France ou Giro d’Italia traversent en vélo de long en large le bitume. L’agréable sensation du bruit infernal des voitures et les embouteillages permanents font de ce parc un must absolu de Sydney. Eloignons-nous un peu.

Déjeuner sur herbe, mais seulement mon café. Des petits jouent à l’AFL, ce jeu australien très violent pour futurs hooligans ou ex taulards. Magnifique, on passe le flambeau. Le soleil tape. Le vent un peu froid, mais pour un Européen habitué aux températures négatives, un tee-shirt suffit amplement en plein hiver australien. Ne croyez pas que d’habitude nous sommes nus (des fois seulement). Assis au milieu de cette herbe sèche et ravagée, j’admire le ciel bleu et pense être Rousseau. Au fil de mes pensées, je me dis qu’il serait bon de faire du sport. Puis c’est tout. Enthousiasme d’un pois chiche. Une huître serait plus excitée. Mais pourquoi ils s’infligent ça ? « ça » étant le sport.

Bref au milieu des cacas de chien, je me mets à rêver. Départ pour bientôt. Comme un truc qui cloche, c’est chez moi maintenant mais ça ne sera jamais vraiment mon chez moi. J’ai de la chance d’être ici diront certains, mais la chance n’a rien à voir là-dedans. Il m’a toujours paru étrange ce paradis perdu qui n’en est pas un, que tout le monde envie sans venir jusqu’ici, trop loin pour beaucoup. Un goût de nostalgie et de soulagement.

Fin d’un voyage.  Il est temps de partir.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s