Le lièvre et la tortue

Tout va bien au monde des communicants jusqu’au moment où on me demande de travailler : il est 17h vendredi en août (je bosse super dur pour les mauvaises langues et ce tout le temps jusqu’à 19h au moins). D’habitude, ça va, no stress, je vais le faire EASY, pas de problème, fingers in the nose. Sauf que là, j’ai un train à prendre, il va donc falloir se faire violence, engranger des mots et des constructions verbales comme un tourneur fraiseur soviétique tourne des boulons. Donc je me dis, ok limite 18h30, ok poussons un peu 18h40 et quelques. De toute façon, je pense être large, et en courant un peu, TOP, j’ai le temps de prendre un magazine et tout et tout (euh en fait c’est tout, t’a pas grand chose à faire). Je cours récupérer la ligne 4, le métro est bondé, venez visiter si vous connaissez pas, c’est assez dépaysant. Ok on se pousse comme des sardines et je regarde ma montre inquiet… Et je regarde ma montre inquiet… Et je regarde encore et encore. Mais il avance pas ce foutu chariot, on est à Dakar (quoique ça reste de l’ordre du plausible). Une fille genre allemande en randonnée bloque la porte avec son énorme sac à dos. Je perds 30 secondes, je suis perdu !
Et là une dame me parle et commence à me faire la conversation. N’imaginez pas qu’il s’agit d’Angelina Jolie. Ce n’est pas ça. Une dame normale quoi.

Elle me dit : Je veux rentrer à la maison moi ! Et l’autre bécasse !
Moi : Moi aussi (je souris gêné, sourire ça fait bien dans les relations humaines).
Elle : Vous prenez le TGV ?
Moi : Oui, oui (ça se voit pas Einstein ?, j’ai un sac, une valise et un billet TGV dans la main).
Elle : Il est à quelle heure votre train ?
Moi : 19h13 (je mito un peu, il est à 19h16, je suis large !).
Elle : C’est pas pour vous stresser, mais ça va être chaud.
Moi : Merci (je souris – nerveusement – comme si je n’étais pas assez stressé).
Elle : En plus, il faut arriver 2 minutes en avance avec le TGV.
Moi : (je souris, mais je vais la tuer cette c****).
Elle : Moi mon train est à 19h16, et je vais l’avoir mon train.
Moi : Ne vous inquiétez pas, je vais l’avoir mon train.
Elle : En plus, vous êtes chargés. Moi si j’étais je passerai par l’extérieur pour récupérer le train.
Moi : J’ai l’habitude (je crâne un peu), je vais passer par le couloir du métro (tu vas voir je vais y être bien avant toi).

On arrive à Montparnasse, je ne sais pas où aller, il est 19h06.
Elle : C’est par là (sourire moqueur).
Moi : Oui oui (mais elle va me lâcher le pot de colle).

Et là, conscient que je n’ai que peu de chance, s’en suit la plus grande course d’obstacles de tous les temps. Monsieurpapillon se transforme en Rambo, ma force est décuplée comme les fourmis, et le tigre de céréales pour enfants obèses est en moi. La rage de courir, Bolt est derrière moi à la traîne. Le tapis roulant reliant le métro à la gare est infini. Je pousse tout le monde, ma gueule d’abord, ma survie est en jeu. Je souffre, point de côté, ma petite valise me semble d’un coup extrêmement lourde. Je vois la lumière, les portiques, j’y suis presque ! Je transpire de tous les pores, j’ai l’impression d’être Carlos de Big Bisou accomplissant un marathon. La chaleur est étouffante, je respire tel un Chewbacca en rute. Je monte l’escalator, et qui je vois devant moi ?

Non ce n’est pas possible, ça ne peut pas être la dame. Elle ne court pas, monte tranquillou l’escalator. Je la dépasse sans la regarder. Sur le quai, je cours à bout de force, j’ai tout donné, je crache mes poumons. Et là… encore elle !

Elle (relax, fraîche comme Hollywood chewing-gum) : on prend le même train, vous auriez dû m’écouter, vous avez souffert.
Moi : (sourire béat, sourire ça fait bien, même quand t’as des envies de meurtre, je n’ai plus l’apparence d’un homme, je suis devenue une bête).
Elle : remarque j’ai pris le bus, vous n’avez peut-être pas le pass Navigo.
Moi : (si si c**** je l’ai le pass Navigo) je vais là (en désignant la première classe, au moins là elle me lâchera la grappe).

La morale de l’histoire pourrait être celle du lièvre et de la tortue, il faut partir à point. Mais la vraie morale de l’histoire est que le diable Lucifer prend les traits d’une petite femme. Méfiez-vous ! Vous êtes désormais prévenus.

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