Sommes-nous foutus ?

Mon indéfectible pessimisme serait tenté de dire « oui », tandis que mon indélébile optimisme tenté de penser « oui ». Cherchez l’erreur. Oui oui, nous sommes foutus. Mais pourquoi moi et tant d’autres pensons cela ?

Et là révélation en lisant le Grand Angle de Libé le week-end dernier (genre je suis sympa, Libé me tire de mon ignorance). Un historien – Robert Frank – affirme que le « déclinisme » (désigne la résignation face à un recul inéluctable) est un mal bien français. Dans l’interview sont posées les clés de lecture de sa thèse : la hantise du déclin, la France de 1920 à nos jours. Pour faire court et synthétiser le propos de l’auteur, la France depuis les Lumières et l’Empire napoléonien croit qu’elle a un rôle à jouer sur la scène internationale. Elle est animée par un sentiment de grandeur, d’universalisme, une « certaine idée de la France » comme dirait De Gaulle. Sauf que la France a reçu pas mal de claques dans la tronche depuis. L’historien met en exergue la défaite de 1940 vécue comme un traumatisme sans précédent pour les Français et l’identité nationale depuis (voir l’Etrange Défaite de Marc Bloch). « Plus jamais ça », non pas le « ça » au lendemain de la Grande Guerre de 14-18 pour décrier cette boucherie héroïque, mais un « plus jamais… une telle déroute ».

« La France est passée de l’idée de déclin à celui de décadence »

Il y a peu, je notais un sentiment anti-allemand qui se développait au fur et à mesure des victoires de la Mannschaft à la Coupe du monde de football. La suprématie allemande, même dans le domaine sportif, étant perçue comme insupportable pour les Français. Pourquoi ? Car c’est à la France, selon les Français bien sûr, de jouer ce rôle de guide des peuples, de porter les valeurs universelles de liberté, de démocratie et d’égalité.

Mort d’un milicien, 1936, Robert Capa - photo détournée par #ButcherBilly
Mort d’un milicien, 1936, Robert Capa – photo détournée par #ButcherBilly

C’était mieux avant…

La situation de la France aujourd’hui, ou plutôt la non-situation d’une France inamovible, s’expliquerait par l’incapacité du pays à prendre à bras-le-corps l’avenir. La France est un pays résolument tourné vers son passé, vers l’illusion d’un passé glorieux. Illusion, car la France a toujours joué les seconds rôles depuis deux siècles : les Britanniques nous volant la vedette par l’étendue de leur empire colonial et la précocité de leur révolution industrielle. Ajoutons que l’âge d’or napoléonien n’a rien de romantique, la domination napoléonienne en Europe est brutale et sans pitié. Parmi nos plus grands écrivains, penseurs et poètes, nombreux sont ceux qui ont un sérieux penchant pour la nostalgie : Rousseau, Chateaubriand, Baudelaire… jusqu’à Houellebecq. Alors rien d’étonnant aujourd’hui que nous nous consumons d’amertume pour un temps que n’avons même pas connu.

Je vous parle d’un temps

Que les moins de vingt ans

Ne peuvent pas connaître

Il est grand temps de se tourner vers l’avenir. Les Français ont besoin de rêve et d’ambition. La construction européenne ne doit pas être uniquement perçue comme un palliatif à la grandeur française passée, elle doit servir l’avenir, être notre avenir. La France et l’Europe ont des destins liés. Sans cela (si ce n’est déjà pas le cas), nous risquons de naviguer au rythme d’un spleen contemplatif, enfermés dans une nostalgie sans fin et faire de la France un petit musée d’Histoire et d’histoires pour des Chinois en mal de romance.

WWII, inconnu - photo détournée par #ButcherBilly
WWII, inconnu – photo détournée par #ButcherBilly
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