comment je suis devenu un bobo

alors voila que j ecris sans accent sans majuscule sur une fausse

machine a ecrire sur mon ipad, avec un clavier inverse, j ai

presque le sentiment d etre un ecrivain. bon, alors voila comment

tout a commence… enfant, je me voyais deja immensement riche,

voyez picsou, c etait mon idole, je collectais precieusement semaine

apres semaine mon argent de poche, avec delice, avec avarice, j

etais pingre, je ne depensAis rien, le montant accumule me procurait

un plaisir fou. je me voyais nager dans mes montagnes d argent, et

garder tout l or, pour moi, rien que pour moi. puis vint le temps

de la puberte, sur le tard, car j etais un peu debile, et les filles

etaient pour moi des objets de desir, mais des objets auxquels on

ne pouvait pas toucher, alors quand je connus les premiers emois,

les langues, les corps, je devins fou, et mon avarice disparut en

un torrent… de generosite, je depensais tout ce que j avais, jusqu

au dernier sou, c etait pour mes dames, pour les faire un peu

rever, pour me faire un peu rever, moi, qui etait persuade que de

toute facon, j allais devenir riche. mais je me rendis compte apres

quelques oppositions bancaires que la richesse n etait pas

forcement enviable et que les sous faisaient tourner les tetes. mon

desir d enfant de devenir banquier s ecrasait contre la realite d

un metier technocratique, ennuyeux, derriere un bureau, sans

contact avec l argent. quel interet donc ? puis je m interessa un

peu a la politique, l argent avait plu aux femmes, ou plutot ma

facilite deconcertante de le depenser se mua en soif incontrolee de

pouvoir. devenu un homme, un jeune homme, j etais devenu arrogant,

je voulais dominer le monde, que les autres m acclament pour mon

genie, mon talent, mon intelligence hors norme, ma superiorite

incontestable. je n hesitais pas a briguer des roles de delegues de

classe pour m exercer a mes futures fonctions, je m entrainais seul

a des diatribes sans fin, a des debats passionnes avec moi meme,

des monologues. je commencais deja a ecrire, un besoin d ecrire mes

pensees que je croyais uniques, des pensees d un futur grand homme,

homme d etat, fils d immigre, qui parvint a se faire une place en

suivant le parcours de la meritocratie republicaine, vive la

france, vive la nation, vive moi ! j etais une tete a claques, mais

cette assurance attirait, du moins je pensais, que j attirais les

femmes pour mon bagou, ma rage d y arriver. puis vint la realite.

moi qui etait promu a un grand avenir, comment, malgre mon

evidente superiorite intellectuelle, science po pouvait me refuser

son entree. quoi ! moi, je pensais que tout m etait du… et j avais

torT. vint la vraie vie, periode de doute, la fac, periode de

rupture amoureuse, je n etais plus celui qui voulait a tout prix

reussir, je n etais plus le rastignac d avant. etait ce la sagesse,

la maturite ? alors qu avant me mettre en avant au detriment d un

autre me posait aucun probleme, soudainement, je fus embete par des

notions de faiblard, d ethique, de morale. je comprenais que la vie avait une

fin, et que la reussite n etait pas une fin en soi. je commencais a

avoir des scrupules, a me taire en reunion, fini les prises de

parole tonitruantes de mes annees de stagiaire, je reflechissais

avant de parler, parfois trop, donc je devenais silencieux. avais

je perdu mon ame, eTait ce le monde de l entreprise qui avait eu raison

de ma jeunesse, ou avais je desormais change ? la peau de chagrin

de mon compte en banque, et mes echecs successifs, ont fait de moi l

archange, le demon de ma jeunesse. je voyais, sur de moi, ces

trentenaires, habilles de tee-shirts de ploucs, je riais ! moi, je ne

deviendrai jamais comme eux, moi je serai deja un homme puissant,

respecte, craint par mes ennemis, aime par les femmes… et puis,

aujourd’hui je suis devenu ce trentenaire habille d’un tee shirt

batman, qui ne souhaite pas ecraser les autres pour reussir, qui ne

reve pas d une tres grande maison, d une grosse voiture, d un

chien, et d une femme siliconee aux gros seins. je suis dans la com’

comme on dit, je n’ecris meme pas pour devenir celebre ou

important, seulement parce que ca m amuse. j ai passe toute ma

jeunesse a passer pour un autre, alors que je suis un timide, alors

que rentrer dans une boulangerie acheter le pain m est encore

aujourd hui difficile, alors que j ai toujours ete un reveur, un

creatif, mais mes profs, ma mere, mes bonnes notes m avaient

convaincu que je serai promis a un grand destin, alors que j ai

toujours ete perdu dans mes reves, dans mes pensees, dans des

histoires ou je devenais un autre, ou j etais un heros, car le

quotidien et mon imagination n ont fait qu un pour moi pendant

tres longtemps, perdu dans mes delires, dans mes bds, dans mes

jouets batman, je suis aujourd hui le petit garcon que j aurais

toujours voulu etre.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s