le futur est-il devenu minable ?

il faut bien une première fois, c’était la première fois que j’assistais au Tribunal des Générations Futures, TGH pour les intimes, organisé par Usbek & Rica

ces conférences au format original, sous forme de procès, avec un procureur et la défense qui s’affrontent dans la salle pour gagner les voix d’un jury composé de 5 personnes choisies au hasard dans la salle du MK2

la question méritait mon attention : le futur est-il devenu minable ?

le pitch pour faire simple, avant nous rêvions de voitures voilantes, de machines à voyager dans le temps, de villes sous-marines, et aujourd’hui nous avons Pokémon Go, Google Car, Snapchat et le selfie stick… évidemment, dit comme ça le futur est devenu minable

des gens très sérieux sont venus à la barre répondre aux questions du procureur et de la défense. Certains ont employé des termes compliqués, savants. J’ai noté la « rétrotopie » : comprendre le futur c’était mieux avant, et nous nous réfugions dans le passé

Pas étonnant ! j’en étais sûr, les Frenchies sont des dépressifs en puissance, nourris à la nostalgie baudelairienne. Alors, je n’étais pas surpris que des intellectuels soient encore plus dépressifs que la moyenne. J’ai appris que les Français devaient apprendre l’histoire du futur, qu’ils devaient apprendre à l’imaginer. Et oui, on manque apparemment de créativité… J’ai aussi retenu que le futur, ce n’est pas l’utopie, mais la manière de nous projeter dans un ailleurs.

Nous projeter dans un ailleurs, ça oui, je sais le faire, d’ailleurs un peu trop, je me projette trop, et à force je ne sais plus où je suis.

Et puis un monsieur un peu bizarre nous a expliqué que le futur est mort… je m’explique, il dit qu’on est déjà dans le futur et donc on n’a plus besoin de l’inventer. C’est Apple qui a tué le futur. Bon ok… pourquoi pas. Ce monsieur bizarre a continué en expliquant que le futur était de retour (et non pas retour vers le futur), et qu’il y avait une dilution du futur dans le présent qui nous empêche de nous projeter. On assiste à un retour du futur imaginé dans les années 50/60/70/80, une sorte de « futur vintage ». Genre, la planche de skate volante (le hoverboard) que certains sont en train de réellement créer.

Après un autre monsieur flippant parlait de servitude volontaire avec le numérique, et que Google, Facebook et les autres avaient créé un double (numérique) de nous-mêmes, mais un double stéréotypé, prêt à rentrer dans des cases prédéfinies par un algorithme, en somme ce double est une chèvre (c’est pas moi qui le dit). Donc ce double est en train de prendre le dessus, et nous sommes donc condamnés à devenir des chèvres (ou des moutons, vous avez saisi l’idée je pense).

Notre malheur aujourd’hui est la toute-puissance de la Silicon Valley, qui s’en prend même à notre imaginaire, et donc à notre capacité à nous projeter, et à imaginer le futur. Alors voilà, le grand danger résiderait dans ce populisme high tech ou solutionnisme technologique : comprendre la solution est (forcément) donnée par la technologie. Et ce futur là, on n’en veut pas. Le futur par Google est minable.

Pire encore, internet est un cache-misère, et nous allons sur internet car le réel est merdique… petit-à-petit, nous nous éloignons de la réalité. En témoigne le succès de Pokémon Go et de sa réalité augmentée. Pour un ado, comme disait l’une des intervenantes, il est plus simple de choper un Pikachu que de trouver sa place dans la société.

Conclusion : vous vous dites, c’est foutu. Le procureur finit par une superbe diatribe qui explique en 4 points pourquoi le futur est devenu minable :
1. on vit au futur antérieur, donc un futur nostalgique, dépassé, ringard
2. le futur sert à vendre le présent, les marques fleurissent de slogans bidons parlant d’avenir pour vendre leur soupe
3. le futur est aseptisé, on pollue pas, on fait pas trop de bruit, on fait attention à sa ligne, gnagnagna… une génération de BORING !
4. la Silicon Valley a triomphé, on est foutu…

Eh ben, à ma grande surprise, malgré tous ces arguments déprimants, le jury s’est prononcé CONTRE à 4 voix versus 1, non le futur n’est pas minable. Il faut hacker le futur, il faut l’inventer, il faut reprendre la main sur les imaginaires, les possibles les plus fous, vive le futur ! Comme quoi… on peut se tromper. Conclusion bis : les intellectuels sont peut-être pessimistes, mais les gens lambda (comme on dit) n’ont pas baissé les bras, eux.

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Si ça vous intéresse, le site internet d’Usbek & Rica >>>> https://usbeketrica.com/

 

 

 

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